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103 ans de vie active de l'incroyable « Petite Mère »

Eugène ÉPAILLY / Isabelle HIDAIR Samedi 06 octobre 2018
103 ans de vie active de l'incroyable « Petite Mère »
La centenaire, née en 1914 à Cayenne, laisse 80 petits et arrières-petits enfants derrière elle (DR)

Passer le « cap des cents » est l'apanage des bons capitaines. Ceux qui ont su ménager et mener à bon port, embarcations et équipages. Les premiers sont les foyers qui servent de refuge matériel aux êtres chers. Le second, l'immense descendance issue d'union régulière et linéaire qui font de la vie humaine, une épopée, un challenge, une aventure, le plus souvent.

Décédée à 103 ans le 1er octobre, la centenaire Andrée Hidair, surnommée Man Dédé, a été inhumée hier au cimetière de Cayenne. Portrait de cette figure guyanaise connue de tous.
UNE ÉPOPÉE QUI COMMENCE LE 1ER NOVEMBRE 1914
Andrée Hidair pose les pieds sur terre au moment où d'autres fêtent les ancêtres disparus. Formidable pied de nez à l'histoire et au calendrier civil et religieux. La guerre qui vient d'éclater et les circonstances font que ses parents, Mathilde Paresseux et Antoine Effilier, tardent à procéder à sa déclaration de naissance à la mairie de Cayenne. Les restrictions alimentaires, la mobilisation qui arrivent, focalisent les énergies parentales. La Guyane, qui ne compte que sur son or et l'agriculture, relève le défi. Nous ne savons pas à quel âge Andrée retrouve les bancs de l'école. Nous savons que le travail et la vie active s'emparent d'elle dès 14 ans ; le moment où les enfants d'aujourd'hui, entrevoient les perspectives du lycée qui s'approche et le collège qui s'éloigne.
UN MARIAGE À 19 ANS
Elle n'aura pas attendu très longtemps pour épouser Eugène Hidair, maître maçon-charpentier. C'est lui qui construit les jolies maisons créoles de la ville de Cayenne dont nous sommes les héritiers, parfois. Elle n'a que 19 ans ce 9 décembre 1933 et accompagne, malgré tout, son mari en supervisant les chantiers. Le caractère d'entrepreneur de la femme créole fait d'elle, « un contremaître » . D'autres chantiers l'attendent. Il faut élever Adèle en 1934, Armand en 1936, Daniel en 1939 et Albert, enfin, en 1941. Quatre autres enfants verront le jour, lors d'un second mariage avec
Léonard-Angelo Adélaïde, après quatre années de veuvage : Félix, Marie-Thérèse, Émile et Émilie. Mais, c'est Armand qui entrera dans l'histoire en étant le porte-parole et l'historien de la famille autant que témoin de son temps. Et quel témoin!
DES EMPLOIS RARES POUR LES FEMMES
Les emplois sont rares pour les femmes dans le chef-lieu, en dehors de celui des services de maison. Andrée entre à la mairie de Cayenne. Elle surveillera la cantine des jeunes élèves durant 31 ans, puis tirera sa révérence, perdant en 1971, son second époux. Elle poursuivra sa destinée seule, élevant la fratrie jusqu'au dernier.
UNE FEMME IMPLIQUÉE DANS LA SOCIÉTÉ
Son implication dans la vie sociale et culturelle l'amène à ouvrir sa maison à l'association des jeunes de la rue Trois-Cases. C'est « Le club toujours fiers » . Elle en devient la présidente d'honneur. Il excelle dans les danses traditionnelles avec la famille Zobda, le cyclisme avec la famille Daniel, le football avec les Kong. Dans les quartiers : rencontres sportives, culturelles, fêtes de Noël, fêtes de carnaval, fêtes de Pâques, fêtes de la Pentecôte et sorties découvertes en commune, se succèdent. Elle préside aussi de grandes courses cyclistes de la Ville de Cayenne ; du 14 juillet, du 15 octobre et du 11 novembre. Elle préside aussi le Chalenge « Monet Goyon » . Rien n'est de trop pour elle!
UNE TÉMOIN DE SON ÉPOQUE
L'adresse du 26 rue Bois-Corbeaux, secteur où se dressait, autrefois, l'une des distilleries de rhum de la ville de Cayenne, devient le siège du club « Toujours fiers » . Il prend ensuite le nom de rue Trois-Cases, en 1936. Cet espace est située entre la rue Richelieu et la rue Voltaire. Rebaptisé plus tard, il devient rue Traversière et enfin la rue du Lieutenant-Brassé, après l'ouverture de la rue vers le marché de Cayenne, sous la municipalité du Dr Barrat. Cette maison familiale héberge durant la saison carnavalesque le groupe « La bande des 4 » . Tout ce patrimoine mémoriel, immatériel, culturel et sportif est désormais transmis à ces 30 petits enfants, 39 arrières-petits enfants et... Aux trois arrières-arrières petits enfants, soit 80 petits enfants. Ils ont pour obligation, dès lors, de poursuivre et entretenir le feu du flambeau de la créolité guyanaise porté avec l'énergie d'une société où la femme est le poteau central depuis des cycles de pluie. Que le travail infatigable de la « Petite Mère » Andrée et ces circonstances continuent de déjouer les paroles de l'Africain Hampaté Bâ en 1960 qui déclarait : « Un vieillard qui meurt, c'est une bibliothèque qui brûle » . Resquicat In Pace, Andrée ; (RIP), dans un repos éternel bien mérité!
Eugène ÉPAILLY, avec la collaboration d'Isabelle HIDAIR

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