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La Charlotte, ou l’histoire d’un esclave devenu esclavagiste

Vendredi 14 Juin 2019 - 03h15
La Charlotte, ou l’histoire d’un esclave devenu esclavagiste
La Charlotte - Celine Fremaux

Les habitants de Montsinéry-Tonnégrande ont pu découvrir ce week-end l’histoire de l’habitation La Charlotte, durant une conférence à la mairie dans le cadre des commémorations de l’abolition de l’esclavage. Nathalie Cazelles, archéologue, a restitué trois années de fouilles qui permettent aujourd’hui d’en savoir un peu plus sur cette maison sucrière, bâtie par un esclave de Guadeloupe, devenu esclavagiste en Guyane.

Si l’on veut comprendre l’histoire de l’habitation La Charlotte, située vers la crique Coco, à Montsinéry-Tonnegrande, il faut d’abord s’intéresser à son propriétaire, Pierre Frontin, un esclave qui s’est échappé de Guadeloupe…, pour devenir esclavagiste en Guyane. Né en 1762, ce « métif », libre de naissance, fils d’Elizabeth, mulâtresse libre, et d’un père inconnu, né au port de la Liberté » selon les registres officiels, a pris le nom de Frontin, à partir de 1793, année où selon, un arrêté, les hommes libres de couleur pouvaient se choisir un nom de famille.

L’homme, qui a eu une brillante carrière militaire (capitaine des chasseurs, capitaine des grenadiers, commandant militaire de Pointe-à-Pitre) a eu trois enfants hors mariage avec Marthe Rose Romaine à Pointe à Pitre. Expulsé de Guadeloupe, il s’installe à Cayenne, où il se marie avec Charlotte Alexandrine. Marchand, son magasin est situé rue du Commerce à Cayenne.

Les époux Frontin construisent et s’installe dans une exploitation au début du XIXe siècle, à Montsinéry, La Charlotte, qui compte 42 esclaves, 14 hommes, 12 femmes, 15 enfants et un sexagénaire. En 1828, l’esclave Gabriel, assassine son maître et met le feu à une partie du domaine. Charlotte Frontin dirige ensuite l’exploitation jusqu’à sa mort en 1842. Le flambeau est transmis à ses filles, mariés à des négociants, dont un nommé Deschamps. L’habitation La Charlotte n’est cependant pas abandonnée quand les époux Deschamps-Frontin la quittent pour le service pénitentiaire. Plusieurs familles d’anciens esclaves continuent à y vivre de l’agriculture et des activités forestières jusqu’au début des années 1880. Les familles Biais, Monchoix et Lamastre sont parmi les dernières à y être domiciliées. à l’abolition de l’esclavage, l’établissement compte 33 esclaves.

La sucrerie dans un état exceptionnel

Monsieur Théodore Dauphin, chasseur et passionné de patrimoine a découvert ce site en se promenant dans la forêt en 2015, intrigué par les vestiges des machines. Les fouilles ont commencé en 2016, menées par l’association Aimara. L’équipe d’archéologues et de bénévoles a ainsi pu remonter l’histoire de cette habitation. Le domaine de la Charlotte, situé le long de la piste Banane, non loin de la crique Coco, comprenait une sucrerie, une roucouerie, la maison des maîtres, et une autre habitation. La sucrerie est le lieu le mieux préservé, son état de conservation est « exceptionnel », selon les archéologues. Elle fonctionnait grâce à un moulin à l’eau, approvisionné par un batardeau, retrouvé par les chercheurs. Les esclaves ont creusé un canal, de la crique coco vers la sucrerie. La chaufferie est l’élément le mieux conservé il y a même une marmite intacte dans son emplacement d’origine. La porte d’entrée du four en fonte est également préservée. Les chercheurs ont voulu comprendre comment ce bâtiment a été construit et en ont déduit, suite à des prélèvements de sol, que pour s’extraire de l’humidité, une couche épaisse d’argile avait été mise comme isolant sous le sol de la sucrerie. Le bâtiment était en fait un carbet.

à cinquante mètres de la sucrerie, un ensemble supposé être la « maison de maître » a été découvert. Un potager a été retrouvé, du matériel, des assiettes… mais les fouilles sur ce point précis ne sont pas encore autorisées. La roucouerie est un bâtiment de 1,50 m de large et 60 m de long, endroit où les fameuses « machines » broyeuses ont été retrouvées. Non loin de cette habitation, les chercheurs ont retrouvé deux ponts, qui permettaient un accès avec la commune avoisinante.

Tous ces vestiges ne sont pour l’heure pas accessibles au grand public, car ils sont situés sur un terrain privé. Le propriétaire du site veut sur le long terme en faire un lieu d’agrotourisme, il faudra cependant au moins sécuriser le chemin pour y accéder. Cette démarche s’inscrirait alors dans un projet plus globale soutenu par la commune qui souhaite relier tous ses vestiges à travers l’écomusée de Tonnégrande.

Aurélie PONSOT

La Charlotte - Celine Fremaux

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