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VENDREDI CULTURE

« Mem si bet a raid, annou pa lagué anyen, annou tchimbé »

Propos recueillis par Hermann ROSE-ELIE Vendredi 08 juin 2018
« Mem si bet a raid, annou pa lagué anyen, annou tchimbé »
Kilian Hacouaby : « Chez les jeunes il y a le talent, de l'envie, de la créativité mais rien ne leur est proposé, alors il y a de la frustration qui devient de la colère » (Ramon Ngwete)

Sa voix vous est familière. Kilian Hacouaby vous réveille chaque matin sur Radio Péyi. Au contact des auditeurs de 5 heures à 9 heures, l'animateur, qui a un regard pointu sur la société, peut ainsi toucher du doigt les problématiques de chez nous et des Guyanais. Entretien.

Quel est votre regard sur la culture en Guyane, de manière générale ?
La Guyane est un département riche avec des associations qui essaient, pour beaucoup d'entre elles, de survivre comme elles le peuvent. Le public ressent souvent une frustration face au manque de propositions d'activités culturelles. Il y a des choses qui se font et qui restent malheureusement confidentielles, par manque de communication ou d'intérêt du public, mais qui se font malgré tout. Il faut parfois juste chercher un peu et être curieux pour les trouver. Un coup de pouce serait bénéfique à ces associations et la population pourrait enfin en profiter tout le temps en ayant le choix.
Comment doit-évoluer la démarche culturelle chez nous ?
Il faudrait intégrer tous les acteurs de la culture dans les discussions, et se dire que la notion culture a évolué, évolue et va encore évoluer. En gros, il faut arrêter de penser que la politique culturelle d'il y a dix ans, est encore valable aujourd'hui. Faire des programmations culturelles qui puissent intéresser tout le monde, qui soient inédites, intéressantes et surtout arrêter de faire dans les clichés faciles du genre si on veut toucher les jeunes on met des deejays et des artistes dancehall.
Vous êtes jeune et parlez à toute une population dans votre métier, quelles valeurs souhaitez-vous transmettre en prenant le micro chaque jour ?
Ça serait me placer au-dessus des auditeurs qui me font confiance tous les matins que de parler de leur transmettre des valeurs. Nous avons, pour beaucoup d'entre nous, le même tronc commun de valeurs mais la pression du quotidien pousse certains à faire des choix complexes et mauvais. Je suis juste là pour dire et rappeler si besoin que « Mem si bet a raid, annou pa lagué anyen, annou tchimbé (même si c'est dur, ne lâchons rien, continuons à nous battre) » . La radio, je la fais pour les autres, pas et surtout pas pour moi. Nous sommes tous ensemble.
Quand on vous parle de la jeunesse guyanaise, vous aussi êtes inquiet voire pessimiste ?
On pourrait l'être si on ne réfère qu'aux réseaux sociaux et à certains médiaux et j'inclus les médias nationaux. Mais en sortant la tête du sac, on constate bien vite que chez les jeunes il y a le talent, de l'envie, de la créativité mais rien ne leur est proposé, alors il y a de la frustration qui devient de la colère. On demande d'être patients à ces jeunes qui ont vu leurs parents l'être aussi et qui jusqu'a aujourd'hui n'ont rien vu arriver. On leur demande de s'impliquer en se tournant vers l'agriculture mais quand on regarde l'actualité très récente, il n y a rien pour les inciter à le faire ou les rassurer. Croire en sa jeunesse, c'est surtout lui donner de vrais moyens pour s'épanouir et réussir. Tant que ça ne sera pas le cas et comme la nature a horreur du vide, alors chacun fera comme il pourra.
Il y a eu un mouvement social très fédérateur l'an dernier, cette dynamique de solidarité tient-elle toujours encore aujourd'hui ?
Elle tient toujours, mais la déception de voir que rien n'a changé l'a mise fortement à mal. Les discussions autour de cette mobilisation sont toujours aussi passionnées. Mais en face, il y a des personnes qui savent faire et même très bien faire. Alors il faut continuer, ne pas lâcher, trouver la faille et partir au combat.
Que manque-t-il à la Guyane pour avancer encore plus ?
Franchement, qu'on arrête de nous prendre pour des abrutis au niveau de l'État et sur le plan local. Tous les matins, quand les auditeurs viennent répondre à la question du jour, il y a beaucoup de bon sens dans leurs propos, mais il en ressort la même chose à chaque fois. L'impression que cette égalité qu'on nous vend à chaque fois n'est pas faite pour nous, qu'il n'y a pas de vision autre que celle de nous restreindre en Guyane et que nos élus devraient se battre encore plus pour nous. Qu'on se fasse confiance, qu'on se batte l'un pour l'autre, on a marché ensemble, donc on sait comment faire pour être unis.
Les projets dans les domaines minier et pétrolier ont-ils un intérêt chez nous ?
Oui, toute évolution est intéressante mais pas aux dépens d'une population. Si des personnes doutent d'un projet, soit on leur explique parce qu'il y a une incompréhension, soit on revoit sa copie pour que tout le monde puisse s'y retrouver mais on n'y va pas au forceps. Clairement, il y a des projets qui se feront avec ou sans l'accord de tous les Guyanais. Dans ce cas-là, autant en tirer un maximum de bénéfices.
Qu'est-ce qui selon vous doit constituer « le ciment » de la Guyane ?
Nous, c'est aussi simple que ça. Faisons-nous confiance et essayons d'avancer ensemble. Nous avons des personnes de talent pour le faire. Pourquoi ne pas changer la donne et créer nos propres références pour avoir envie de ressembler à ces personnes que l'on croise au quotidien ?
La politique et les élus sont-ils suffisamment en contact avec le peuple ?
Pour beaucoup d'entre eux, ils le sont et sont toujours prêts à communiquer, même si parfois certaines décisions laissent perplexe. Et si ça ne nous convient pas, alors votons et montrons que nous sommes mécontents de ce qui a été fait. On oublie très souvent que les élus sont en quelque sorte nos employés en CDD et que nos votes peuvent être des entretiens préalables au licenciement.
Quand vous intervenez au micro, avez-vous le sentiment « d'éveiller les consciences » ?
Non pas du tout, elles sont bien éveillées et derrière chaque auditeur, il y a une expérience, un vécu, une histoire. Éveiller des consciences quand on est animateur, c'est quelque part diriger la réflexion, ne plus être neutre et manipuler d'une certaine manière les autres. Trop longtemps, on a pensé que les Guyanais ne pouvaient s'exprimer à la radio que sur un ton véhément. Depuis deux ans sur Radio Péyi, on montre le contraire tous les jours, il fallait juste créer l'espace pour le faire.
Quel serait votre monde idéal ?
Une Guyane à l'image du Wakanda de Black Panther, oui ça serait idéal et peut-être pas si folle que ça l'idée, on a l'or et le pétrole!
Bio express
« J'ai commencé la radio en associatif à RTM, puis j'ai enchaîné sur RCI Guyane. En 1999, j'ai eu un premier contrat pro sur RFO Guyane, où j'ai été chroniqueur, animateur et programmateur. J'y suis resté trois ans. J'ai fait un break de trois ans pour passer des diplômes en électrotechnique et gestion des espaces domotiques parce que j'avais envie de le faire.
À mon retour en Guyane, j'ai eu la chance d'être appelé pour le lancement de NRJ. J'y suis resté dix ans et un an après l'ouverture de Radio Péyi, le challenge de la matinale m'a été proposé. Je vais entamer en août prochain ma troisième saison sur Radio Péyi. »

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