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GUADELOUPE

Polémique à la Semsamar : cinq clés pour comprendre

Annick FABRICE / Caroline BABLIN Mardi 30 octobre 2018
Polémique à la Semsamar : cinq clés pour comprendre
64% des logements dont la Semsamar est propriétaire sont situés en Guadeloupe. Ses locaux de La Jaille accueillent 59 personnes, soit plus de la moitié des salariés de la société (Roberto Birhus)

Lors de sa visite à Saint-Martin en septembre, Emmanuel Macron n'a pas mâché ses mots vis-à-vis de la Semsamar, l'accusant de ne pas gérer correctement ses logements et de ne pas avoir mis tout en oeuvre pour la reconstruction. Récemment, il a même été question de révoquer la directrice, Marie-Paule Bélénus-Romana. Une information divulguée par Caraïbe Créole News et relayée par l'ensemble des élus, qui a fait l'effet d'une bombe. Des pistes pour comprendre.

1. LA BELLE PROGRESSION DE LA SEMSAMAR DEPUIS 1985
La Semsamar (Société d'économie mixte de Saint-Martin) a été créée en 1985 par les élus de Saint-Martin afin de développer les infrastructures de l'île. Son siège social est d'ailleurs situé à Marigot. Au fil des années, la société s'est fortement développée et a étendu son activité en Guadeloupe, en Guyane et dans une moindre mesure en Martinique. Via ses nombreuses filiales, ses activités sont multiples : construction et gestion d'un parc locatif social, opérations de promotion immobilière sociale et privée, construction et gestion d'équipements médico-sociaux et hospitaliers (Soleyanou à Port-Louis et au Moule, par exemple), scolaires et même touristiques.
Le parc de la Semsamar a fortement augmenté entre 2010 et 2015, notamment suite à la reprise, en 2011, de plus de 1 700 logements familiaux de l'ancienne société HLM de Guyane. Sur cette même période, elle a mis en service 440 logements neufs, essentiellement en Guyane. Au total, la Semsamar gère 11 694 logements dont 11 374 en propriété et 320 pour le compte de tiers (des SCI détenues par la Semsamar). À noter que 64% des logements dont la Semsamar est propriétaire sont situés en Guadeloupe et qu'elle gère près du quart du parc social guadeloupéen.
Ses services sont regroupés au parc d'activité de La Jaille, à Baie-Mahault, où travaillent plus de la moitié des effectifs de la société, soit 59 personnes sur 102 salariés au total.
Les actionnaires de la Semsamar (1) sont la Collectivité de Saint-Martin (51, 07% ), la Région Guadeloupe (14, 47% ), la commune de Basse-Terre (5% ), la Caisse des dépôts et consignations (13, 33% ), la Foncière Anse Marcel (10% ), la Caisse d'Épargne Provence-Alpes-Corse (4, 73% ) et le Dr Victor Gibbs (1, 4% ). Quinze personnes siègent au conseil d'administration (CA) (dont deux représentants des locataires), présidé par Yawo Nyuiadzi, qui a remplacé le conseiller territorial de Saint-Martin Wendel Cocks le 27 avril 2017. Guy Losbar et Jean-Claude Christophe siègent au CA pour la Région Guadeloupe et Marie-Luce Penchard représente la Ville de Basse-Terre.
Enfin, depuis juillet 2009, la Semsamar est dirigée par Marie-Paule Bélénus-Romana, en remplacement de Jean-Paul Fischer.
2. 2013 : LA SEMSAMAR DANS LA TOURMENTE
En janvier 2013, un rapport de la Miilos (Mission interministérielle d'inspection du logement social) rendu public et consacré à l'évolution de la gouvernance et du management suite au départ de l'ancien directeur général Jean-Paul Fischer en juillet 2009, après 24 ans d'exercice, pointe plusieurs dysfonctionnements. Parmi eux, la trop faible implication du conseil d'administration dans les choix stratégiques de la société, le non-respect des règles de la commande publique, la rémunération disproportionnée de la directrice générale Marie-Paule Bélénus-Romana ou encore l'indemnité de départ, d'un montant de 500 000 euros, versée à l'ancien directeur général Jean-Paul Fischer, et indûment perçue selon la Miilos.
Le rapport de la Miilos révélait ainsi le contrat très avantageux de la directrice générale ainsi que sa rémunération jugée exorbitante - environ 1,5 million d'euros de salaire net annuel perçu en 2011 et 2012 -, sans que cela soit cependant illégal, sans compter les frais de représentation et autres avantages. À noter que son prédécesseur Jean-Paul Fischer n'avait rien à lui envier, lui qui a perçu « plus de 1, 8 million d'euros en 2009, 735 000 en 2010 » , écrivait-on dans France-Antilles à l'époque.
3. 2016 : LA SEMSAMAR REDRESSE LA BARRE
Après le rapport accablant de la Miilos rendu public en janvier 2013, un second contrôle a été effectué par l'Ancols en 2016, les conclusions de ce dernier ont été publiées en avril 2018. On peut y voir les nombreux efforts faits par la Semsamar pour remédier aux dysfonctionnements pointés à l'époque. Ainsi, concernant la somme indûment perçue, selon la Miilos, par Jean-Paul Fischer lors de son départ, le conseil d'administration a lancé une consultation auprès d'un cabinet spécialisé en droit du travail et l'affaire est actuellement en cours devant le conseil de Prud'homme de Basse-Terre. Quant à la rémunération exorbitante de la directrice générale Marie-Paule Bélénus-Romana, le conseil d'administration a entrepris de clarifier la situation. Ainsi un « comité de rémunérations » a été créé et l'avenant à son contrat de travail du 29 mai 2009 a été supprimé.
Dans ses conclusions, le rapport de l'Ancols relève que « la Semsamar a corrigé ou pris en compte les irrégularités relevées » par la Miilos en 2013, « notamment en matière de commande publique » et reconnaît « le rôle social pleinement joué par la Semsamar dans les départements où elle est implantée » .
L'Ancols note également le dynamisme de la société, la bonne qualité du parc social et les capacités de développement de l'offre locative comme étant les trois points forts de la Semsamar. Enfin, elle reconnaît le rôle joué par la Semsamar dans les opérations de première urgence après le passage de l'ouragan Irma, en septembre 2017. En revanche, « l'analyse financière rétrospective 2011-2015 » fait ressortir « un endettement élevé, une distribution conséquente de dividendes avec une trésorerie tendue et des objectifs ambitieux » . Ainsi l'Ancols invite les instances dirigeantes à une réflexion en vue de faire entrer de nouveaux actionnaires au capital de Semsamar.
4. 2018 : LA LIBERTÉ DES COLLECTIVITÉS MENACÉE ?
Depuis la date de sa création en 1985, la Semsamar, telle une pieuvre, s'est donc étendue à la Martinique et la Guyane, devenant un aménageur incontournable. Elle est aujourd'hui le syndicat d'économie mixte le plus important de France. Une belle réussite que l'État aimerait s'approprier pour mener sa propre politique publique. C'est en tout cas l'analyse que font beaucoup d'observateurs à propos de la pression exercée par le président de la République et ses bras droits. D'où la levée de bouclier des cadres de la fonction publique et autres, et surtout des politiques, toutes tendances confondues.
Certains ont parlé de racket de l'État, d'autres de pratiques exercées comme au temps des colonies. Tous se sont prononcés contre le démantèlement de la Semsamar et de la Sémag (société d'économie d'aménagement de la Guadeloupe). Un danger, selon eux, qui risque de créer un déséquilibre. Cette mainmise de l'État, que souhaiterait Emmanuel Macron, enlèverait toute liberté aux collectivités pour l'aménagement de leur territoire. Ce serait aussi une recentralisation avérée qui aurait pour but de créer un monopole d'État. Par ailleurs, la façon d'agir heurte les élus. Ces derniers ont été surpris par le coup de bambou venu de l'Élysée comme si tout avait été décidé depuis Paris, sans tenir compte des réalités locales et des savoir-faire locaux.
5. « UN BOUC-ÉMISSAIRE POUR CACHER LES FAIBLESSES DE L'ÉTAT »
Les cadres de la Semsamar sont en colère et encore sous le choc des propostenus, en septembre, par le président de la République venu voir, à Saint-Martin, l'avancée des travaux de reconstruction. « Beaucoup de ce qu'a dit le Président est inexact. C'est du mensonge, de la manipulation » , commente une cadre venue de Guyane. Tous rappellent que leur société a décidé d'effectuer une réhabilitation améliorée de son patrimoine à Saint-Martin. Les tôles seront supprimées. Mais les travaux sont ralentis par les procédures du code des marchés publics qui sont longues. Les matériaux doivent être commandés. Le port n'a plus autant de capacité qu'autrefois. En plus, toutes les entreprises doivent faire face à un surcroît de travail... « La Semsamar sert de bouc-émissaire pour cacher les faiblesses de l'État. Pour faire diversion, le Président a même parlé de corruption. Il sait qu'il est une voix, celle de la nation. Il est écouté. Ce n'est ni plus ni moins que de la désinformation pour servir son dessein. » Car selon les professionnels, la situation florissante du Syndicat d'économie mixte fait envie à l'État.
(1) Situation après l'assemblée générale du 26 février 2016.

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1 commentaire

Vos commentaires

jess 30.10.2018

allez virer moi ces gros salaires inutiles

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