France-Antilles et ses partenaires utilisent des cookies pour le fonctionnement de leurs services, réaliser des statistiques d’audience, proposer des contenus et publicités personnalisés. En utilisant ce site, vous consentez à cette utilisation. En savoir + et gérer ces paramètres. OK
  • Partager cet article sur Facebook
  • Partager cet article sur Twitter
  • Partager cet article sur LinkedIn
  • S'abonner aux flux RSS de France-Antilles.fr
Les premiers hommes sur la lune

Trouver une télé un grand pas... pour les Guyanais de 1969

Propos recueillis par Angelique GROS Samedi 20 Juillet 2019 - 03h20
Trouver une télé un grand pas... pour les Guyanais de 1969
Le 21 juillet 1969, la presse de Guyane un quotidien dont les parutions se sont stoppées en 1976, relatait l'exploit américain. - DR

« C’est un petit pas pour l’homme mais un pas de géant pour l’humanité. » C’était un 21 juillet. Le monde entier restait suspendu à son poste de télévision pour assister au succès de la mission Apollo XI et au premier pas de l’homme sur la Lune en 1969. Enfin ceux qui disposait d’un téléviseur, c’est-à-dire très peu en Guyane à l’époque…

Les trois astronautes embarqués dans cette aventure de huit jours — Neil Armstrong, Buzz Aldrin et Michael Collins — revinrent sains et saufs. L’Amérique remporta alors son bras de fer avec la Russie dans la course au spatial. Georges Chaumet, Armand Hidair et Élie Stephenson se remémorent ce moment historique qui allait changer la face du monde.

« On a été épaté »


Georges Chaumet, premier employé guyanais du centre spatial à Kourou raconte son 21 juillet 1969 au sein même du CSG.


«En 1969, j’avais 40 ans et j’étais le premier employé guyanais au Centre spatial (CSG). Je me souviens que ce jour-là, je travaillais et on a suivi ça de près à la base. Mais bien sûr on n’avait pas les mêmes moyens que maintenant. J’ai trouvé que ces hommes avaient un courage extraordinaire. On a été épaté mais à l’époque on n’avait pas la possibilité de faire beaucoup de commentaires car c’était la toute première fois que quelqu’un posait un pied sur la Lune ! On ne s’attendait d’ailleurs pas à ce que la Lune puisse recevoir du monde.

La construction du CSG n’a démarré qu’en 1965 et en Guyane, en 1969, on n’était pas encore très accro aux programmes spatiaux. On n’avait pas encore ça dans la tête. La télévision, c’était nouveau aussi. Les gens s’y sont davantage intéressés quand le Cnes a commencé à faire des lancements. Et aujourd’hui, c’est une belle évolution. Heureusement que le Centre spatial s’est installé à Kourou car malgré ce qu’un sénateur a pu dire, il a permis de faire connaître la Guyane. Quand j’ai connu Kourou, il n’y avait qu’environ 600 habitants et quelques maisons alors qu’aujourd’hui, c’est plus de 20 000 habitants. »

Georges Chaumet en 2014. - Photo archives


 
Armand Hidair, historien « Est-ce que le cosmonaute allait s’enfoncer dans le sol en posant le pied ?»
« Nous n’avions pas de télévision à la maison. Il n’y avait qu’une poignée de personnes qui avait la télé et surtout à Cayenne. Les gens des campagnes n’avaient même pas forcément de radio… J’avais 33 ans à l’époque. On a entendu la nouvelle que l’homme allait marcher sur la Lune à la radio. On s’est tous réunis en famille, avec mes enfants, chez un oncle qui, lui, avait un téléviseur pour regarder le reportage.

C’était un moment de grande joie et de découverte. Les images nous ont impressionnés. Je crois même me souvenir qu’on a applaudi ! On se posait la question de savoir quelle était la composition du sol, si le cosmonaute allait s’enfoncer dans le sol en posant le pied ! C’était important de savoir qu’un homme avait réussi à marcher sur la Lune car c’était la grosse période guyanaise où on essayait de développer le pays et le Centre spatial (CSG). Je me souviens qu’à la même époque, il y avait eu l’échec de la fusée Europa et que la situation était tendue entre les habitants de Malmanoury, expulsés pour que le CSG puisse s’implanter, et le gouvernement français. »

 
Général Robert Aubinière, Directeur général du CSG de l'époque « La conquête de la Lune est commencée »

Le bulletin d’information du centre spatial guyanais du 1er août 1969 s’ouvre avec l’exploit des Américains. « La Nasa vient de réussir l’exploit historique dont le monde entier parle et que les techniciens du centre spatial guyanais ont suivi avec passion », peut-on lire avant un descriptif du centre de lancement à Houston où la mission Apollo 11 a été supervisée. Page suivante, un article du directeur général du Centre national d’études spatiales (Cnes), le général Robert Aubinière, intitulé : Utilité ou inutilité d’une recherche spatiale, occupe tout l'espace. Il était paru préalablement dans la tribune scientifique du Figaro daté du 23 juillet. « Deux hommes ont marché sur la Lune, la conquête de la Lune est commencée. L’exploration de l’espace, conduite scientifiquement, aura été moins coûteuse en vie humaine que ses devancières : les conquêtes de la terre, de la mer et de l’air. Les vies de quatre hommes et d’un singe auront été l’impôt de sang payé pour un tel résultat. Par contre, aucune activité pacifique n’aura été plus coûteuse en argent. C’est pourquoi même si elle fait travailler des milliers d’hommes, même si elle-même passionne des milliers d’individus, aucune action n’aura été plus discutée par les opinions publiques et les élites de notre univers. Le nombre d’idées reçues à ce sujet pourrait facilement prendre place dans le « sottisier » de Flaubert. Je voudrais en citer quelques-unes.


L’objectif caché de la recherche est militaire

[…] En réalité, c’est la recherche militaire qui a permis l’activité spatiale. Les connaissances et les techniques acquises pour la guerre ont pu être transférées dans un domaine pacifique : la connaissance de l’univers. Or, nous assistons aujourd’hui à un événement fondamental, sans doute le plus important de cette deuxième moitié du XXe siècle, à savoir que, pour la première fois dans l’histoire du monde, la guerre est devenue de plus en plus improbable. L’immense catastrophe de 1939-1945 est vraisemblablement la dernière de toutes. De même que les grands reptiles préhistoriques ont succombé à cause de leur gigantisme, de même l’énormité de la catastrophe de ce que serait une nouvelle guerre mondiale conduit à sa disparition. […]


L’argent dépensé pour l’activité spatiale pourrait être utilisé au profit des pays sous-développés

Considérer que la solution aux problèmes posés par les pays sous-développés est une simple question d’argent, et qu’en donnant l’argent de l’activité spatiale on supprimerait du même coup les nations sous-développées, est un raisonnement futile. […] Aujourd’hui le problème est soluble. Nous allons abandonner le vieux système de la charité des pays riches envers les pays pauvres et supprimer définitivement la misère du monde. En effet la technique spatiale peut agir dans deux domaines. Les satellites vont permettre de prévoir le temps avec une précision extrême […] Les satellites d’éducation permettront d’instruire les adultes dans des pays où les difficultés de communication, la dispersion de l’habitat, les dialectes rendent toute formation traditionnelle impossible. […]


La recherche spatiale ne sert à rien

L’exploration des planètes et plus généralement de l’univers a pour but primordial de mieux connaître l’environnement céleste et par conséquent d’espérer comprendre l’origine des mondes. […] Dans notre pays qui a tant de mal aujourd’hui à devenir une nation moderne, à s’adapter aux énormes concentrations industrielles, à moderniser son agriculture, notre pays qui par tant de côtés est resté un vieux pays, peut trouver dans la recherche spatiale une activité à la mesure de son génie créateur. […] »

Le bulletin d'information du Centre spatial guyanais était un bimensuel paraissant de 1967 à 1976. On y trouvait divers articles d'actualité, des petites annonces, des offres d'emplois, etc. Il précède le titre Latitude 5 : mensuel d'information du Centre spatial guyanais, qui paraît toujours et a été créé en 1978. - DR

 
Élie Stephenson, militant politique et écrivain « J’ai entendu ça en passant devant chez quelqu’un »
« J’avais 25 ans quand ça s’est passé. Pour moi, ce n’était pas spécialement marquant. C’était surtout une curiosité.

à l’époque, la télévision était une denrée rare. C’était quelques images assez floues, pas de la haute définition ! Je rentrais chez ma mère et j’étais en train de descendre ce qui est aujourd’hui la rue Justin-Catayée (à Cayenne), quand j’ai entendu ça en passant devant chez quelqu’un. Je me souviens m’être demandé ce qu’on était allé faire là-bas…

Il y avait d’autres problèmes à résoudre que d’aller sur la Lune. Ce n’était pas un événement pour nous en tant que Guyanais. C’était plus une compétition, un sujet de performance mondiale.

D’autant que, grosso modo, il y avait deux grosses tendances par rapport à l’installation du centre spatial guyanais : ceux qui adhéraient et ceux qui pensaient plutôt que la base spatiale ne serait pas ce qu’on nous promettait mais plutôt une affaire d’État. Et à cette période, il y avait pas mal de contestations en faveur de l’autonomie. »

élie stéphenson - Photo d'archives
 
Le musée de l’Espace s’y met aussi

« On a marché sur la Lune. » Tel est le titre de l’exposition que propose le musée de l’Espace, à Kourou. Elle est visible dès aujourd’hui et pendant toutes les grandes vacances. L’exposition résume ce qui s’est passé le lundi 21 juillet 1969 et revient sur certains oublis et certaines légendes autour de cet exploit. Elle vante également les bénéfices de la conquête lunaire et spatiale (médecine, objets du quotidien…) ainsi que les perspectives des puissances spatiales en direction de la Lune.

Par exemple, l’Agence spatiale européenne (ESA) a signé un contrat avec ArianeGroup pour l’étude et la préparation d’une mission non habitée pour aller sur la Lune. L’exposition sera enrichie tout au long des grandes vacances.

A. P.


Pour transmettre un commentaire, merci de vous identifier (ou de vous inscrire en 2min)

Mot de passe oublié?
Inscription express
Aucun commentaire
Sur le même thème
Guyane

Trouver une télé un grand pas...

Samedi 20 juillet 2019

texte

A la une