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Chasse à l'homme pour retrouver le tireur en fuite de Strasbourg

Mercredi 12 décembre 2018
Chasse à l'homme pour retrouver le tireur en fuite de Strasbourg
Un gendarme patrouille devant la cathédrale de Strasbourg, le 12 décembre 2018 - SEBASTIEN BOZON (AFP)

Le tireur qui a fait deux morts, un blessé en état de mort cérébrale et douze autres blessés mardi soir sur le Marché de Noël à Strasbourg a crié "Allah Akbar", signant sa radicalisation islamiste, et était activement recherché mercredi après son équipée sanglante qui a laissé la ville en état de choc.

Chérif C., au lourd passé de délinquant, est toujours en fuite, recherché par 720 membres des forces de l'ordre.

Il "ne peut être exclu" qu'il soit passé en Allemagne, a indiqué le secrétaire d'Etat à l'Intérieur, Laurent Nuñez, ajoutant qu'un "bouclage des frontières a été assuré".

"Au regard du lieu ciblé, du mode opératoire employé par l'assaillant, de son profil et des témoignages recueillis auprès de ceux qui l'ont entendu crier +Allah Akbar+, la section antiterroriste du parquet de Paris s'est saisie des faits", a déclaré le procureur de la République de Paris, Rémy Heitz, lors d'une conférence de presse à Strasbourg.

Chérif C., 29 ans, né à Strasbourg et fiché "S" ("sûreté de l'État") pour sa radicalisation islamiste, a ouvert le feu mardi peu avant 20H00, dans des rues commerçantes du centre historique de Strasbourg, à quelques mètres du grand sapin du célèbre marché de Noël.

"Certains ont eu une balle dans la tête", a affirmé le maire de Strasbourg Roland Ries sur BFMTV, en précisant que la plupart des victimes étaient des hommes et qu'aucun enfant ne figurait parmi elles.

- Fuite en taxi -

L'assaillant, doté d'une arme de poing et d'un couteau, a ensuite échangé des tirs avec les forces de l'ordre, qui l'ont blessé au bras. Puis il a pris la fuite à bord d'un taxi.

Selon le colonel Patrik Steiger, porte-parole de l'état-major des armées, une patrouille de l'opération Sentinelle, "alertée par les tirs", s'est dirigée vers la place Kléber et "est tombée dans une rue adjacente, nez à nez ou presque, avec l'assaillant". "Pris à partie par l'assaillant, les deux soldats de tête ont riposté, ce qui a provoqué sa fuite".

Dans des circonstances encore floues, l'assaillant a réussi à prendre un taxi pour se rendre dans le quartier du Neudorf, où a eu lieu un nouvel échange de tirs avec la police, avant qu'il ne disparaisse.

L'assaillant compte 67 antécédents judiciaires, dont 27 condamnations en France, en Allemagne et en Suisse pour des faits de droit commun.

"Il a déjà été incarcéré à de multiples reprises et était connu de l'administration pénitentiaire pour sa radicalisation et son attitude prosélyte en 2015", a ajouté M. Heitz, confirmant qu'il était inscrit au Fichier des signalements pour la prévention et la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT) et faisait "l'objet d'un suivi de la DGSI".

Il devait être interpellé par les gendarmes mardi matin, dans le cadre d'une enquête de droit commun, mais a échappé à cette arrestation, selon une source proche du dossier.

Le parquet de Paris a ouvert une enquête pour "assassinats, tentatives d'assassinats en relation avec une entreprise terroriste et association de malfaiteurs terroriste criminelle".

Quatre proches du fuyard ont été placés en garde à vue dans la nuit de mardi à mercredi, tandis que "plusieurs perquisitions ont été réalisées cette nuit dans des lieux que celui-ci est susceptible de fréquenter", a précisé Mr Heitz.

- "Fouilles au corps" -

Pour d'évidentes raisons de sécurité, le Marché de Noël, qui attire chaque année deux millions de touristes, a été fermé mercredi mais le maire (PS) Roland Ries a souligné qu'il voulait le rouvrir "le plus vite possible", dès jeudi "si toutefois les conditions de sécurité sont réunies".

"Le plan sécurité sur le marché fonctionne depuis plusieurs années. Il consiste à créer une bulle dont l'entrée est conditionnée par des fouilles au corps", a assuré M. Ries. Les touristes souhaitant accéder au centre-ville sont en effet fouillés de 11H00 du matin à 20H00. "Il faut qu'on voie comment ce terroriste a pu échapper à ces contrôles, on n'en sait rien".

"C'est curieux cette ambiance ce matin à Strasbourg, on a l'impression d'une ville en état de siège, avec des militaires qui patrouillent, des policiers", constatait Joël Bigorne, un touriste venu de Bretagne.

À midi, le glas de la cathédrale de Strasbourg a sonné durant 10 minutes "pour s'unir à la souffrance des victimes et de tous les Strasbourgeois", selon l'évêché. Le Parlement européen, qui siège cette semaine à Strasbourg, a observé une minute de silence, de même que l'Assemblée nationale à Paris.

"Noël ne sera plus jamais comme avant à Strasbourg", a lancé devant l'Assemblée nationale le député La République en marche du Bas-Rhin Bruno Struder, ému aux larmes et chaleureusement applaudi.

La Grande mosquée de Strasbourg a condamné un "acte infâme, lâche et barbare".

Sur la place Kléber, le coeur battant de Strasbourg, des passants ont commencé à rendre hommage aux victimes par des inscriptions "Je suis Strasbourg", des bougies et pétales de roses.

Mardi soir, Peter Fritz, un journaliste autrichien qui couvrait la session du parlement européen, s'est retrouvé au milieu de la fusillade. "Quand je suis arrivé au coin de la rue, j'ai compris que c'était des coups de feu et un homme était au sol avec une blessure par arme visible à la tête", a-t-il raconté sur la chaîne ORF.

"Avec une autre personne, nous avons tenté de lui apporter de l'aide, nous l'avons transporté dans un restaurant. Avec deux professionnels de santé allemands, nous avons essayé de lui faire des massages cardiaques mais après 45 minutes, il était clair, et un médecin nous l'a dit par téléphone, que ça ne servait plus à rien".

Le gouvernement a porté le plan Vigipirate au plus haut niveau, "urgence attentat", qui permet "la mobilisation exceptionnelle de moyens".

La France vit sous une menace terroriste élevée depuis la vague d'attentats jihadistes sans précédent, qui a fait 246 tués depuis 2015, jusqu'à l'attentat de Strasbourg ayant fait deux morts.

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