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LUNDI POLITIQUE

« Je serai certainement obligé d'aller travailler dans les pays voisins »

Bernard DORDONNE Lundi 15 octobre 2018
« Je serai certainement obligé d'aller travailler dans les pays voisins »
(BD)

Pour son premier Lundi politique, Gauthier Horth règle ses comptes avec le président de la Collectivité territoriale de Guyane, Rodolphe Alexandre, et annonce son intention de le déloger en 2021. Il donne sa vérité sur les écologistes, les représentants de l'État et le projet Montagne d'or.

Avez-vous un mentor en politique ?
Je suis pleinement reconnaissant envers toutes ces personnes qui me conseillent tout au long de mon combat. Cela dit, c'est Alain Michel qui m'a le plus influencé. Il nous a quitté en 2016. C'était un intellectuel et un visionnaire. Il était d'une clairvoyance impressionnante et je m'efforce de placer mon action dans la poursuite de son oeuvre.
Pourquoi êtes-vous aussi virulent contre Rodolphe Alexandre, le président de la Collectivité territoriale de Guyane ?
Je ne suis pas virulent contre l'homme, mais contre une certaine politique passéiste, qui postule qu'un élu guyanais doit servir l'État avant le peuple. L'État français ne défend que ses intérêts en Guyane, quel que soit le président. Les élus guyanais doivent s'émanciper. Lorsque les intérêts de la Guyane et de l'État sont convergents, c'est tant mieux, mais l'inverse est plus souvent vrai. Le président de la CTG sait bomber le torse face aux Guyanais, mais il est doux comme du saindoux devant l'État. Je n'oublierai jamais qu'il est resté au garde-à-vous, silencieux au côté du président de la République en novembre 2017, alors que nous étions en train de nous faire gazer dans les rues de Cayenne pour demander le respect de l'Accord de Guyane. Il faut tourner la page de ces politiques du passé pour réussir le virage du XXIe siècle. Notre projet Guyane doit placer indiscutablement les institutions au service du citoyen et non plus l'inverse. Nous devons changer nos relations avec l'État, pour plus d'équité et de meilleurs résultats. Rapprocher le centre de décision en Guyane, pouvoir adapter les lois, c'est un gage de plus d'efficacité dans les politiques publiques. C'est là tout le sens de mon action politique. Aujourd'hui, les Guyanais sont prêts pour ce changement statutaire.
Avez-vous l'intention de briguer un poste de maire en 2020 ?
Je n'ai pas l'intention de conduire de liste aux municipales de 2020. Mon action restera orientée vers la CTG. On peut faire mieux, avec une véritable vision du développement et de l'aménagement du territoire. Je pense que nous sommes en mesure de prouver que c'est possible. Je veux placer la Guyane sur la carte du monde.
Vous êtes opérateur minier. Où se trouve votre exploitation ?
Je suis privé d'exploitation depuis que j'ai été arrêté en 2015. Je suis la bête noire de l'État, des écologistes et d'une grande partie des élus guyanais. Ça ne me facilite pas la tâche! J'ai fait une demande d'AEX [autorisation d'exploitation, ndlr] sur la crique Nationale (affluent du fleuve Kourou) en 2016. A priori, rien de plus normal parce que le fleuve Kourou est continuellement exploité clandestinement depuis des années. Il y a aussi des mines légales depuis 2014 sur le Kourou. Seulement, depuis que mon dossier est arrivé à la mairie, le maire à déclenché une levée de bouclier et il a activé ses lieutenants, les guides touristiques. La vraie cible de toute la polémique sur le Kourou, c'est mon dossier, que la Deal mitraille à tout prix et compte présenter prochainement avec un avis défavorable, alors même que les clandestins lorgnent le site. Je mesure à quel point toutes les portes me sont fermées dans mon propre pays, tant du côté de l'État que d'une partie des élus actuellement au pouvoir. On essaie de me faire comprendre qu'il n'y a pas de place pour moi dans cette Guyane. En attendant, je serai certainement obligé d'aller travailler dans les pays voisins. Je n'ai pas d'autre solution pour continuer à faire entendre ma voix. Les fonctionnaires de l'État, les écologistes, les guides et le maire de Kourou auront le sentiment d'avoir bien agi en préservant la Guyane d'un artisan guyanais et les orpailleurs illégaux exploiteront le site que j'ai trouvé, sans que personne ne s'en émeuve.
Clarifiez votre position sur le projet Montagne d'or. Êtes-vous pour une consultation populaire ?
Nous avons une autonomie à financer. Cette autonomie s'accompagne d'un besoin croissant de ressources financières. Si le président de la CTG avait été à la hauteur, il aurait déjà convoqué l'industriel les yeux dans les yeux pour connaître exactement la rétribution qu'il est en mesure d'apporter à la Guyane. C'est ce qui sera déterminant dans mon appréciation finale du projet. Cette négociation n'a jamais été entamée et c'est pour ça que la contestation a pu grossir aussi fortement. C'est justement ça, le manque de vision politique du président de la CTG. Il n'a pas de stratégie de développement économique, il agit à la petite semaine et au gré des tendances du gouvernement. Je défends l'idée du développement industriel de la Guyane. Selon moi, il n'y a que des industriels miniers qui peuvent s'intéresser à la Guyane, compte tenu de son niveau actuel de sous-développement. C'est le rôle de la mine dans le développement d'un pays. C'est une activité primaire, dont la fonction est de créer un tissu économique et des infrastructures permettant d'amorcer le développement d'autres filières économiques. C'est comme ça que se sont développés la plupart des pays américains, du nord au sud, de nombreux pays européens également. Je comprends le principe d'une consultation populaire, mais je pense qu'elle doit passer dans un second plan. De nombreux militants guyanais ont manqué de lucidité en se lançant à toute allure dans le combat contre le projet Montagne d'or. Pendant ce temps, nous passons à côté de la question politique majeure, le changement statutaire. Après le sursaut du mouvement populaire de mars-avril 2017, l'État ne pouvait pas rêver mieux pour détourner notre attention, il s'en frotte les mains.
Quelles sont vos relations avec les autres opérateurs miniers ?
J'ai de très bonnes relations avec mes collègues. J'ai eu l'honneur de présider la Fédération des opérateurs miniers de Guyane (FedomG) de 2010 à 2015. Nous sommes en train de réactiver notre syndicat, le Komité pour la sauvegarde de l'orpaillage guyanais, qui ne réunit que des artisans. Fâcher les Guyanais contre leur or, contre leurs ressources naturelles, c'est les éloigner encore plus de leur histoire, de leur culture, de leur pays. L'écologie est une arme de domination politique au service des pays les plus développés, comme l'était la religion autrefois.
La réunion du congrès est prévue le 27 novembre. Qu'avez-vous contre l'ordre du jour ?
Je suis l'élu de la CTG qui s'est le plus mobilisé pendant la tenue des états généraux. Je suis donc à même de dénoncer le fait que le président de la CTG a confisqué les états généraux de la Guyane. Il est allé à l'encontre de la décision prise en octobre dernier par le congrès des élus. Il a unilatéralement décidé de ne pas constituer les commissions thématiques, afin d'exclure les représentants de la société civile. Ces états généraux devaient servir à la rédaction multipartite du projet Guyane. Au lieu de ça, le président de la CTG a fait inscrire à l'ordre du jour du congrès la présentation de son « livre blanc » , qui serait sa vision personnelle. Je trouve cela très grave de détourner un exercice de démocratie participative pour essayer de donner l'impression d'être un super-héros. C'est ce genre de pratiques qui a plongé la Guyane dans la situation qu'elle connaît depuis 2010. Malheureusement, le pire reste à venir, nous aurons bien du mal à essuyer les conséquences de ces agissements. Pendant que certains s'efforcent de museler la volonté populaire, la cocotte-minute sociale continue de bouillir. Plus elle éclatera tard, plus la situation sera difficile à redresser.
Le président de la CTG amorce le désenclavement de la commune de Saül. Qu'en pensez-vous ?
C'est une piste minière qui mène à Saül et Maripasoula. Elle permettrait de baisser le coût de la construction de la route du fleuve. Ces pistes existantes sont d'ailleurs la preuve que les opérateurs miniers sont aussi les pionniers du désenclavement des communes éloignées de Guyane. Je ne crois pas une seconde que le président de la CTG la rende carrossable jusqu'à Saül d'ici à 2021, mais il va, comme à son habitude, exploiter le sujet jusqu'à la campagne électorale de 2021.

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3 commentaires

Vos commentaires

GIZMO 16.10.2018
Ras le bol !

que ce monsieur, comme ceux de certains comités parle au nom de tous ! "Aujourd'hui, les Guyanais sont prêts pour ce changement statutaire"... Ok, donnons nous rendez-vous aux urnes et on verra !! quant au projet Montagne d'Or je vous conseille ce petit article...."https://www.lemonde.fr/long-format/article/2018/10/13/en-guinee-la-mine-d-or-de-nordgold-empoisonne-la-vie-des habitants_5368992_5345421.html


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ECRIVAIN 15.10.2018
Pays voisin

Pourquoi il se casse pas bosser au surinam? Ici il y a des règles, là bas c'est le far West. Mais qu'est ce qu'il attend pour y aller?

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joko973 15.10.2018

GH dit défendre le peuple mais lorsque le journaliste lui parle de consultation populaire, sa réponse prouve le contraire "Je comprends le principe d'une consultation populaire, mais je pense qu'elle doit passer dans un second plan". L'écologie, une arme de domination massive ;-))) non, juste une preuve de lucidité si nous voulons que la planète survive. Il défend ses propres intérêts. Le pouvoir et le changement de statut lui permettraient juste d'atteindre ses objectifs, la Guyane et le peuple passeront après...

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