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« Une politique antisociale et anti-ultramarine »

Propos recueillis par Bernard DORDONNE Lundi 21 Janvier 2019 - 03h15
« Une politique antisociale et anti-ultramarine »
Le député Gabriel Serville à sa permanence à Cayenne - BERNARD DORDONNE

Le député Gabriel Serville est le seul parlementaire du département qui n’a pas fait le choix d’être apparenté au parti du président de la République. Il justifie sa décision et met les points sur les « i » concernant les sujets qui font l’actualité.

Quel bilan tirez-vous de vos premières années de mandature ?

Je tire un bilan positif de ces six années passées au service de la Guyane à l’Assemblée nationale. Certes, nous n’avons pas tout obtenu, pas tout gagné et de nombreux dossiers restent en cours, mais je persévère et n’abandonne jamais. Le combat politique doit s’inscrire dans la durée et nous ne sommes pas dans l’instantané. Le plus important reste le bilan que font les Guyanais de mon mandat à leur service et je pense que le renouvellement de leur confiance dans le contexte social de dégagisme que l’on sait parle de lui-même.

Vous être le seul parlementaire guyanais à ne pas avoir fait le choix d’être apparenté au parti du président de la République, La République en Marche, le regrettez-vous ?

Pas du tout ! Au lendemain des législatives, j’ai été abordé par la plupart des formations politiques, dont celle d’Emmanuel Macron, en vue de constituer les groupes parlementaires. J’ai fait le choix d’être fidèle à mes valeurs et de rejoindre les bancs de l’opposition. C’est un choix difficile car influer sur la décision quand on siège dans l’opposition n’est pas chose facile. Cela nécessite de redoubler d’efforts et peut être frustrant tant la majorité se montre insensible à nos arguments, même quand ils sont pertinents. Mais c’est un choix dont je me félicite chaque jour quand je mesure la politique antisociale et surtout anti-ultramarine mise en œuvre par le gouvernement. J’aurais été très mal à l’aise aujourd’hui si on m’avait demandé de soutenir la réforme de l’abattement fiscal Outre-mer, la baisse des aides aux entreprises guyanaises, la baisse des aides au logement, des aides à la mobilité de nos jeunes, l’affaire Benalla, etc. Non, je ne regrette rien.

Que pensez-vous du grand débat national proposé par le président de la République pour répondre à la mobilisation des gilets jaunes ? Peut-on le décliner en Guyane où les gilets jaunes n’ont pas brillé ?

Ce débat s’annonce comme une vaste mascarade. C’est le choix du président de la République pour ne pas assumer ses responsabilités face aux français, eu égard à sa forme et surtout aux questions qui sont toutes orientées et n’ont pour seul objectif que de valider la politique du gouvernement. Celle-là même qui a mis des dizaines de milliers de Français dans les rues. On marche sur la tête ! En Guyane, on sort des états généraux, des assises de l’Outre-mer, de mars-avril 2017... Les constats sont posés, les propositions avancées, il est temps d’agir !

Le préfet et le président de la CTG fustigent  vos prises de position et vos actions contre l’exploitation de la mine et le pétrole. Que répondez-vous ?

Le président de la Collectivité défend ses positions et moi les miennes. C’est le jeu démocratique et c’est tant mieux. Par contre, je m’étonne de cette propension que démontrent les fonctionnaires affectés en Guyane à commenter les « positions et actions » des élus, comme vous dites. Je rappelle à toutes fins utiles que la Constitution, clé de voûte de nos institutions, délivre aux parlementaires la responsabilité de contrôler l’action de l’État et d’évaluer les politiques publiques. Pas l’inverse.

Vous savez que votre amendement sur le cyanure n’a aucune chance de passer. Êtes-vous un jusqu’au-boutiste ?

Je ne pourrais m’avancer sur les suites qui seront réservées à ma proposition de résolution. Ce que je sais, c’est qu’elle est signée par 71 députés de l’ensemble des huit groupes politiques de l’Assemblée nationale. C’est assez exceptionnel et mérite d’être souligné pour une initiative émanant de l’opposition. Par ailleurs, 25 des 27 députés des Outre-mer sont co-signataires de la proposition, ce qui témoigne d’une volonté partagée de refuser que la menace de catastrophe écologique et sanitaire ne vienne s’inscrire à la longue liste de ce qu’ont déjà subi les ultramarins. J’ai fait inscrire à l’ordre du jour de l’Assemblée un débat en séance plénière sur Montagne d’or. Il est programmé pour la semaine du 4 février. La mobilisation va donc s’intensifier. Quant à savoir si je suis jusqu’au-boutiste, je cite la récente décision de l’État d’allouer les recettes issues de la vente d’or saisies lors des opérations Harpie à la lutte contre l’orpaillage illégal. Il s’agit là d’une proposition que j’avais introduite à mon arrivée à l’Assemblée en 2012 et qui avait essuyé un refus catégorique. Fort de ténacité, je n’ai pas baissé les bras et suis revenu à la charge avec des amendements et une proposition de loi en 2015 qui, à chaque fois, ont essuyé des refus du gouvernement. Finalement, fin 2017, Emmanuel Macron reprend l’idée à son compte et ma proposition est aujourd’hui réalité. La persévérance paie toujours !

Lors du conflit à l’hôpital de Kourou, la nouvelle directrice de l’Agence régionale de santé a déclaré qu’elle voulait des élus forts lors des négociations sociales. Est-ce à dire que vous êtes faible sur le plan politique ?

Pour avoir échangé longuement avec la nouvelle directrice de l’Agence régionale de santé (ARS), je n’ai pas eu le sentiment qu’elle portait un jugement de valeurs sur le profil des élus. Si tel était le cas, je m’étonne encore que les fonctionnaires commentent l’action politique. Je garde bon espoir que nous puissions travailler efficacement avec la nouvelle directrice de l’ARS, chacun à son niveau, pour améliorer la qualité de l’offre publique de soins en Guyane. Et il y a du boulot !

Malgré l’intervention auprès du gouvernement des parlementaires, du président de la CTG, du président de l’association des maires, du maire de Kourou... les salariés du CHK n’ont pas obtenu l’essentiel de leurs revendications. Comment interprétez-vous ce camouflet ?

Un protocole de fin de conflit a été signé et je veux féliciter ici les personnels de l’hôpital qui ont accepté des concessions dans l’intérêt des Kourouciens et des patients. Cela ne veut pas dire que les discussions s’arrêtent. Plusieurs rendez-vous sont pris avec la ministre de la Santé et avec la ministre de la Recherche pour élaborer les compléments de solutions susceptibles d’améliorer à la fois le cadre de travail des agents et le fonctionnement du centre hospitalier de Kourou.

Avez-vous des nouvelles de la commission ad’hoc concernant la rédaction d’un projet de loi pour la Guyane qui doit être remis à la fin du mois de janvier au gouvernement ?

Non. Aucune nouvelle. Il s’agit là d’une responsabilité du président de la CTG.

Vous avez fait des vœux en 2018, ont-ils été exhaussés ?

L’énergie positive que me renvoient les citoyens guyanais est à la hauteur de mes espoirs. Leur motivation et leur implication au sein du mouvement politique Péyi Guyane sont de vrais éléments de satisfaction qui, à moyen terme, nous permettront de hisser notre territoire au rang de carrefour mondial d’excellence.

 

Le député Gabriel Serville à sa permanence à Cayenne - BERNARD DORDONNE
Le député Gabriel Serville à sa permanence à Cayenne - BERNARD DORDONNE

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1 commentaire

Vos commentaires

kiki973 23.01.2019
Erreur de casting !

Je pensais que ce collègue était musclé du ciboulot. Erreur sur la personne ; il est simplement handicapé des ferrites. Une reconstruction neuronale s'impose, paix à son cerveau.Le carrefour de Gabriel c'est celui des andouille-ries. Pour les neurones à refaire : un vol au-dessus d'un nid de Kourou s'impose !

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