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VENDREDI CULTURE

« La musique est influencée par le contexte social »

Propos recueillis par Pierre ROSSOVICH Vendredi 11 mai 2018
« La musique est influencée par le contexte social »
Jimmy Coton-Pélagie a décidé de poursuivre son travail sur l'analyse des sociétés antillo-caribéennes à travers la musique dancehall avec son livre Le dancehall sous un nouveau jour (DR)

Jimmy Coton-Pélagie, auteur du livre Le dancehall sous un nouveau jour, aux éditions Nestor, analyse les effets de cette musique jamaïquaine sur nos sociétés antillo-guyanaises.

Présentez-nous votre livre, Le dancehall sous un nouveau jour.
À la suite de mon mémoire "Violences en Jamaïque, le rôle du dancehall dans la société jamaïquaine", j'ai voulu montrer d'autres aspects de la musique dancehall qui n'apparaissent pas souvent aux yeux du grand public. L'idée n'est pas vraiment de défendre cette culture musicale, mais plutôt de pouvoir la voir dans sa globalité. Le livre fait le lien entre la musique et certains problèmes de société.
Vous écrivez que la musique dancehall est le miroir de la société jamaïquaine. Est-ce également le cas chez nous ?
Le dancehall reflète en effet certains aspects de la société jamaïquaine, mais aussi des sociétés caribéennes et créoles en général. Par exemple, le problème des grossesses précoces existe dans toute la région. Comme celui des violences faites aux femmes. Des études sociologiques affirment que ce qui pousse les jeunes filles à avoir des enfants très tôt, c'est le désir de prouver leur féminité, leur fertilité. Ou encore l'identité masculine qui est construite sur une tolérance envers le multi-partenariat. Ce n'est pas typique des Antilles-Guyane mais cela existe partout dans la Caraïbe. En s'emparant de ces sujets, le dancehall reflète donc bien nos sociétés.
La musique influence-t-elle la jeunesse négativement ?
La musique n'est certainement pas la principale cause de la violence, qu'elle que soit la société. Mais elle peut tout de même y contribuer. Le public dancehall est souvent une jeunesse issue des quartiers pauvres et qui manque de repères. Certains idolâtrent leurs artistes favoris. Ces derniers n'ont pas toujours des messages responsables. Par exemple Vybz Kartel, qui est peut-être l'artiste dancehall le plus influent aujourd'hui, a ouvertement prôné le blanchiment de la peau. Beaucoup l'ont suivi en Jamaïque. Il n'a pas inventé le blanchiment, mais le fait qu'il le fasse a accentué le phénomène. Dans ce sens, la musique peut avoir une influence négative sur les auditeurs, mais n'est pas la cause principale de la débauche ou de la violence. Pour la plupart, les artistes sont conscients de ce qu'ils font. Leur objectif premier n'est pas d'éduquer, mais de gagner de l'argent avant tout. Les artistes vont donc chanter des textes qui ont du succès : ceux qui parlent de sexe et de violence. Ce genre de chansons marche dans la rue. Or, l'artiste dancehall cherche avant tout la crédibilité de la rue.



Vous traduisez et décortiquez les paroles de chansons dancehall. L'idée est-elle que les jeunes francophone comprennent mieux ce qu'ils écoutent ?
Le but de ce livre est de servir d'outil éducatif. Les jeunes ne savent pas toujours ce qu'ils écoutent. Plus jeune, j'étais passionné de dancehall et je chantais moi-même des chansons sans les comprendre. Le dancehall est une culture étrangère. On l'a embrassé. Maintenant ce serait bien qu'on essaie de l'explorer en en comprenant le contenu.

Comment analysez-vous les relations entre le créole francophone et le créole jamaïquain, appelé « patwa » ?
Il y a beaucoup de ressemblances entre les créoles antillais, guyanais et jamaïquain. La jeunesse des Antilles françaises et de la Guyane est fortement influencée par la musique dancehall. Une influence qui se manifeste notamment par une imitation linguistique. On retrouve des expressions communes entre nos pays.
Quel est votre avis sur le dancehall guyanais ?
J'en écoute peu, mais j'ai été marqué par le langage utilisé. Les chansons que j'ai écouté contenaient beaucoup de mots issus du créole jamaïquain, beaucoup plus qu'aux Antilles. Avec des expressions plus poussées et plus maîtrisées. J'imagine que cela vient de l'apport de la communauté anglophone du Guyana. La culture dancehall en Guyane est très forte.
Est-ce qu'il s'agit de copier-coller ?
Il faut bien appréhender la culture dancehall pour ne pas tomber dans une imitation pure et simple. En Jamaïque, la musique est influencée par le contexte social. Beaucoup d'Antillo-guyanais s'y reconnaissent. Une meilleure connaissance est nécéssaire. D'ailleurs, même les artistes jamaïquains les plus hardcore parlent de l'importance de l'éducation scolaire et encouragent leurs fans à poursuivre leurs études. Ils ont plusieurs facettes et ne sont pas figés.
Quel est votre artiste préféré ?
Vybz Kartel pour son flow et son côté intellectuel que l'on découvre en étudiant ses textes. C'est l'artiste dancehall qui m'a appris le plus de choses. Il fait des références historiques, religieuses, scientifiques... Il faut creuser et comprendre les paroles pour capter cela.

La musique, reflet de la société
Jimmy Coton-Pélagie est un jeune Martiniquais diplômé de l'Université des Antilles. Suite à l'obtention de son master en anglais traitant de la criminalité et de la musique dancehall en Jamaïque, Jimmy a décidé d'approfondir ses recherches dans ce domaine : « L'objectif principal de ce livre est de montrer en quoi les chansons de dancehall jamaïquaines reflètent certains aspects de la société jamaïquaine, en abordant une multitude de thèmes variés tels que la criminalité, la violence urbaine, le slackness (chanson faisant explicitement référence à l'acte sexuel, ndlr), l'éducation scolaire, les grossesses précoces, l'avortement, la brutalité policière, la violence sexuelle et la pédophilie, le machisme, les violences faites aux femmes, et la relation entre l'amour et l'argent. »
P. R.

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3 commentaires

Vos commentaires

KreolSI 11.05.2018

Le côté "intellectuel" de VybZ Kartel, on aura tout entendu...
Mais c'est très intéressant que certains intellectuels se penchent sur le dancehall, plutôt que de laisser les fans nous saouler avec sans argument aucun.

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joko973 11.05.2018

Si la musique est influencée par le contexte social, elle influence le contexte social à son tour. Le dernier évènement au PSG en est la preuve. S'il est important de comprendre, il parait aussi nécessaire de ne pas tout accepter ou toujours approuver. Réfléchir avant d'agir pour éviter un carnage, ça serait un bon début d'intelligence. La pauvreté n'est pas synonyme de connerie. C'est tellement facile de jouer au caïd avec un flingue. Qui veille les morts ?...

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den97300 11.05.2018
Un très bon outil

Un livre, un outil indispensable à chaque parents afin de comprendre

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