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Les médecins de l'hôpital de Cayenne précisent l'urgence de la situation

Marine JACQUES Lundi 07 mai 2018
Les médecins de l'hôpital de Cayenne précisent l'urgence de la situation
Agnès Drouhin, directrice du centre hospitalier Andrée-Rosemon et Christophe Le Breton, président de la commission médicale d'établissement (MJ)

En posant leur démission ou en demandant une disponibilité, les urgentistes de l'hôpital de Cayenne ont tapé du poing sur la table. Ils ont multiplié les réunions au cours du week-end pour interpeller les élus locaux. Ils demandent à rencontrer la direction, de toute urgence.

Les médecins urgentistes qui ont posé leur démission ou qui ont formulé une demande de disponibilité ont enchaîné les entrevues au cours du week-end pour expliquer leur geste et exposer les problématiques du service des urgences. Ils ont notamment rencontré la présidente du conseil de surveillance de l'hôpital Mylène Mazia, le député Gabriel Serville ainsi que le vice-président de la Collectivité territoriale de Guyane Jean-Claude Labrador et la directrice de l'Association régionale pour l'amélioration des conditions de travail (Aract) Marielle Bondron.
Les médecins ont parlé de dégradation de la prise en charge des patients, liée au manque d'effectif. Un problème qui ne date pas d'hier : deux courriers, un en date du 8 mai 2017 et un autre d'octobre 2017, dénonçaient ces faits.
UNE SITUATION JUGÉE CRITIQUE PAR LES MÉDECINS
« Le dernier a été suivi d'une réunion avec l'Agence régionale de santé qui avait programmé des réunions de suivi mais elles n'ont pas eu lieu » , précise le Dr Arthur Deroure-Corte. En étant plusieurs à poser leur démission ou à demander une disponibilité, les urgentistes tapent du poing sur la table. Selon eux, la situation est critique. Pour le mois d'août, seuls 15 médecins urgentistes seraient, pour l'instant, prévus au planning, selon le Dr Deroure-Corte qui est aussi responsable des ressources humaines dans le service des urgences.
« On aurait uniquement une équipe de Service mobile d'urgence et de réanimation (Smur)... en cas de déplacement à Maripasoula, on n'aurait personne pour réanimer les accidents cardiaques à Cayenne » , décrit-il. Le dialogue avec la direction serait rompu, ce qu'Agnès Drouhin, directrice de l'hôpital, dément (lire l'entretien ci-dessous).
« On demande, en urgence, un entretien avec la direction » , explique le médecin. Le député Gabriel Serville a saisi le caractère urgent. Il entend faire en sorte que dès le début de cette semaine, un rendez-vous soit fixé pour que la direction et les urgentistes puissent se parler. Il entend également continuer à alerter le ministère de la Santé quant à la difficulté de recruter des médecins.
(1) Ce taux horaire correspond au référentiel national de gestion du temps de travail médical dans les structures de médecine d'urgence.
Crise au Char : la direction s'exprime
La directrice du centre hospitalier Andrée-Rosemon de Cayenne et le président de la commission médicale d'établissement répondent aux urgentistes qui ont présenté leur démission ou demander une disponibilité, en masse. Selon la direction, le dialogue n'est pas rompu et le process de recrutement est engagé.
Dix-sept des 25 urgentistes démissionnent ou demandent une disponibilité. Pour commencer, êtes-vous d'accord avec ces chiffres ?
Agnès Drouhin : Je dénombre 15 personnes. Sur les 15, trois sont des praticiens hospitaliers qui ont demandé une disponibilité que, bien entendu, j'ai refusée car c'est mon droit. Sur les 12 personnes restantes, il faut en enlever une car la personne m'a dit qu'elle n'a jamais signé la feuille de démission. On a vérifié sa signature sur ses contrats, ce n'est pas la sienne.
Cette action forte découle d'une absence de dialogue selon les urgentistes...
A. D. : Je m'insurge d'entendre que le dialogue est rompu, la porte de mon bureau est ouverte. Je peux comprendre qu'ils veulent faire une action forte. En revanche, ils ne m'ont pas sollicitée pour un rendez-vous. Le président de la commission médicale d'établissement (CME) Christophe Le Breton a rencontré les référents d'unité lundi et mardi en leur disant qu'on prévoyait une réunion de travail sur la problématique d'organisation des urgences.
Christophe Le Breton : Les trois référents d'unités étaient informés mercredi matin et c'est le jeudi matin qu'ils ont déposé pour une partie une démission et pour l'autre une disponibilité. C'est assez surprenant, je me suis dit que ce n'était pas tout à fait une manière de faire.
Les urgentistes disent ne pas avoir de réponse aux alertes qui ont été émises en 2017 concernant la dégradation de prise en charge des patients...
A. D. : Il y a eu des réunions, notamment en décembre 2017. Après, très honnêtement, il est vrai que depuis janvier, il n'y a pas eu de réunion de suivi parce qu'ils ne sont peut-être pas en nombre mais moi j'ai aussi perdu trois directeurs.
C. L. B. : Ça fait une petite année qu'on demande de revoir l'organisation du service, c'est à eux de nous la présenter car c'est eux qui connaissent l'activité. On attend toujours cette nouvelle organisation. Certes, ils n'ont plus de chef de service depuis un an. Ils ont eu un chef de pôle qui vient de démissionner pour des raisons personnelles. C'est donc plus compliqué de s'autogérer mais rien ne les empêche de proposer quelque chose.
Quel est l'effectif réel aujourd'hui et quel serait l'idéal ?
A. D. : J'ai 24 permanents et 4 remplaçants qui finissent leur contrat en juin. Il en faudrait minimum 34 dont 32 pour faire tourner le service et 2 en surplus pour gérer les périodes de vacances. Sur la base de 48 heures hebdomadaires maximum dont 39 heures dites cliniques (prise en charge des patients) (1). Je me souviens : lors d'une réunion du mois d'octobre, un médecin nous avait dit qu'à 31, le service tournait sans problème.
Des médecins urgentistes feraient bien plus, jusqu'à 82 heures par semaine...
A. D. : En temps clinique, il y en a qui font beaucoup. L'un d'eux est monté jusqu'à 57 heures au cours des 16 premières semaines de l'année. Dans ce cas-là, on paye des heures supplémentaires. À la date d'aujourd'hui, à part quelques-uns, on est dans les clous, la moyenne étant de 42 heures hebdomadaires pour les 16 premières semaines de l'année.
D'après nos informations, ils ne seront que 15 médecins urgentistes en août...
A. D. : Ils sont en sous-effectif et j'ai 4 départs qui s'échelonnent à partir de juin. Ça va être difficile, je ne peux pas dire le contraire. Souvent, quand les hôpitaux ont besoin de recruter des remplaçants, les médecins font jouer leur réseau. C'est un service qui ne me propose jamais de noms.
C. L. B. : En août, il y a beaucoup de demandes de vacances. On a eu ce problème-là en 2016 et on avait réussi à gérer.
D'après nos informations, le planning de mai a été validé alors qu'il serait illégal en termes de temps de travail. Est-ce exact ?
A. D. : C'est mon directeur des affaires médicales qui a validé le planning, je ne l'ai pas encore vu. Je préfère donc attendre de le voir pour avoir les informations (l'entretien a eu lieu hier).
Allez-vous proposer un rendez-vous aux urgentistes ?
A. D. : Le conseil de surveillance s'est entretenu avec les médecins puis nous a reçus, samedi. On a convenu d'une date, vendredi prochain à 14 heures. Je leur dirai que si on n'arrive pas à recruter, il faudra voir comment réorganiser le service. C'est la difficulté de tous les hôpitaux.
Propos recueillis par Marine JACQUES

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Vos commentaires

joko973 07.05.2018

"Si on n'arrive pas à recruter", il faudrait avant tout se demander pourquoi ?

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