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Rémunérer les fonctionnaires au mérite, une fausse bonne idée ?

Marie GUITTON Samedi 24 février 2018
Rémunérer les fonctionnaires au mérite, une fausse bonne idée ?
Le gouvernement veut fonder sur le mérite la rémunération des agents publics. Plusieurs fonctionnaires, peu séduits, soulignent que des modulations individualisées existent déjà (MG)

Le « mérite » des fonctionnaires pourrait être pris en compte, à l'avenir, pour calculer leur rémunération. Le débat est lancé.

En marche vers l'Elysée, le candidat Emmanuel Macron avait jugé l'avancement des fonctionnaires basé sur le seul point d'indice « injuste et démotivant » . Lundi, le ministre de l'Action et des Comptes publics, Gérald Darmanin, a annoncé que le gouvernement allait « essayer de travailler à une nouvelle rémunération des agents publics fondée sur le mérite » .
« Où vont-ils prendre l'argent ? Vont-ils le retirer aux retraités ? » , s'agace déjà une gangan dans les rues de Cayenne. Comme au niveau national, l'idée divise en Guyane. « C'est bien, moi aussi j'ai parfois des primes en fin d'année » , souligne une femme de ménage. « Non, c'est trop vague. En fonction des critères, ça peut être discriminatoire » , estime un jeune maître auxilliaire. « Et d'un autre côté, il y en a qui donnent tout et d'autres qui ne foutent rien... » , souffle l'étudiante qui l'accompagne.
« DES CRITÈRES OPAQUES »
Plusieurs fonctionnaires soulignent que, dans leurs services, des modulations individualisées de salaire existent déjà. Dans l'armée, une prime est versée en fonction du nombre de jours passés sur le terrain. Dans l'enseignement, quatre entretiens de carrière, notamment destinés à évaluer l'engagement des professeurs, permettraient « d'accélérer » leur avancement. « Chez nous, on peut recevoir une prime de résultat de plusieurs centaines d'euros à la fin de l'année, glisse aussi l'employée d'un guichet administratif très sollicité dans la capitale guyanaise. Mais les critères sont très opaques, ça dépend si on est copain avec le chef ou pas... »
« À LA TÊTE DU CLIENT »
C'est la principale crainte exprimée. « Ça risque d'être à la tête du client » , entend-on très souvent, en écho aux critiques des syndicats, qui redoutent aussi une « tension des services » , liée à la « mise en concurrence » des agents. À Argenteuil, en région parisienne, une prime d'assiduité, pénalisante pour les agents qui prennent leurs congés parentaux, ferait aussi l'objet d'un recours en annulation initié par la sous-préfecture.
Lundi sur RMC/BFMTV, Gérald Darmanin a indiqué qu'il consulterait les organisations. « Il faudrait qu'on définisse ensemble ce qu'est le mérite, ce qui va nous prendre un petit peu de temps, a-t-il reconnu. Est-ce que c'est le présentéisme ? Est-ce que c'est des indicateurs de performance ? Est-ce que les citoyens peuvent juger l'efficacité de leurs services publics ? »
ILS ONT DIT
Alexandre Benoît, 31 ans, militaire : « Ça me paraît globalement injuste »
« Je pense qu'il serait difficile de rémunérer au mérite les agents de préfecture ou de mairie, puisque leurs fonctions sont administratives. Il y aurait peut-être plus d'éléments qui permettraient de le faire pour les agents type policiers, infirmiers, gardiens pénitentiaires... Mais il faudrait voir sur quoi serait basée la prime. Ça me paraît globalement injuste, parce qu'on n'a pas tous les mêmes capacités, et puis quelqu'un qui a des enfants ne pourrait pas forcément faire des heures supplémentaires, si c'était basé là-dessus. Quant à l'évaluation par les usagers, ça peut être vicieux aussi, avec des gens jaloux qui, sachant qu'ils n'ont pas ça dans leur corps de métier, se diraient mécontents pour ne pas que le fonctionnaire touche cette prime. »
Marcelle, 69 ans, retraitée du secteur privé (préfère garder l'anonymat) : « S'ils ont besoin de sous, il y aura des sourires! »
« Eh bien oui, je pense qu'on peut être mieux rémunéré si l'on a bien travaillé! Dans les bureaux de l'administration, ça traîne, ça traîne... Ils font la pluie et le beau temps. A la mairie un jour, j'ai dit bonjour mesdames mais personne ne m'a répondu. Ils ne sont pas aimables. S'ils ont besoin de sous et qu'on instaure des primes, il y aura des sourires! Mais c'est vrai qu'un jour, en pharmacie, j'ai vu le patron distribuer des primes à certains. Il avait des préférences, c'était injuste de sa part. Et éviter ça, c'est difficile. Il faut aussi penser à le faire discrètement, pour ne pas créer de jalousie. »
Eximond Pierrette, 54 ans, agent de sécurité privé : « Peut-être que ça inspirera nos patrons! »
« C'est une bonne idée. Peut-être que ça inspirera nos patrons dans le privé! Il y en a qui attendent toujours plus mais ne prévoient jamais de récompense. Moi, même sans récompense, je fais mon travail normalement. Mais peut-être que les personnes seraient plus motivées s'il y avait une prime au mérite. »
Bruno Niederkorn, 51 ans, porte-parole de Steg-UTG, professeur de lycée : « On est totalement opposé à ce système »
« Toute la question de la logique libérale actuelle, qui consiste à individualiser de plus en plus la rémunération, est de savoir qui va évaluer le mérite. Le chef d'établissement ? L'inspecteur ? Et sur quels critères ? Toutes ces réformes visent à faire des économies pour l'Etat, et à nous mettre en concurrence les uns avec les autres. Nous, à Steg-UTG, on est totalement opposé à ce système-là. Est-ce la concurrence qui va réduire les files d'attente aux impôts ou au service de l'eau ? Tous les services publics en Guyane sont sous-calibrés. Donc ce qu'il faut ici, c'est d'abord un investissement massif dans les services publics. »

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1 commentaire

Vos commentaires

Couleurs Guyane 26.02.2018

on connaissait la promotion canapé, c'est le tour de la rémunération sur l'oreiller
les tribunaux administratifs vont exploser sous les recours

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