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VENDREDI

Cayenne honore Jadfard et Juminer

Propos recueilli par Maud ALAMACHÈRE Vendredi 12 octobre 2018
Cayenne honore Jadfard et Juminer
L'artiste Claude Cauquil au travail. Plusieurs étapes sont nécessaires avant la réalisation des bustes en bronze (DR)

Lundi, la ville inaugurera les bustes du député et du médecin, dans la galerie des grands hommes à la mairie. Réalisés par Claude Cauquil, sculpteur de nombreuses installations publiques en Martinique, ces deux bustes rejoindront ceux de Léon-Gontran Damas et René Maran également conçus par l'artiste. Il nous présente son travail.

Vous n'étiez jamais venu en Guyane. Connaissiez-vous l'histoire de René Maran, René Jadfard, Bertène Juminer et Léon-Gontran Damas ?
CULTURE. Je n'ai encore jamais eu l'occasion de venir en Guyane. Toutefois, j'ai eu le privilège de rencontrer quelques-uns de ses artistes plasticiens. Je pense notamment à Franky Amété qui pratique l'art tembe et venait régulièrement exposer en Martinique. J'apprécie également le travail de Roseman Robinot et de Thierry Tian Sio Po. Je connaissais bien entendu la Guyane par son riche passé historique et à travers la poésie de Léon-Gontran Damas.
Comment ce projet s'inscrit-il dans votre parcours de création ?
Cette commande de la ville de Cayenne m'a permis d'approfondir ma connaissance de l'oeuvre de René Maran et de découvrir René Jadfard. Bertène Juminer a laissé une profonde empreinte en Martinique, où je vis depuis 1995. Ce projet est arrivé à point nommé dans l'évolution de mon travail alors que j'aspirais à un retour vers une écriture en volume d'inspiration plus académique, renouant ainsi avec un savoir-faire en lien avec les techniques anciennes. Il me paraît bon pour un artiste de s'inscrire en partie dans une tradition pour assurer la transmission et la pérennité des techniques.
Vous avez réalisé quatre bustes en bronze pour la ville de Cayenne. Quelles ont été les différentes étapes de création ?
De la conception à la réalisation, bien des étapes sont nécessaires pour parvenir à retranscrire la personnalité d'un individu par le volume. Il est indispensable dans un premier temps de se familiariser avec le personnage, rassembler le plus de documents biographiques et iconographiques possible. Ce qui n'est pas toujours très aisé, les clichés étant beaucoup plus rares dans la première partie du siècle dernier que de nos jours. Ainsi, c'est avec un nombre très limité de documents que j'ai abordé le processus de création pour le buste de René Jadfard. Le challenge était d'autant plus intéressant qu'il a fallu pallier le manque d'éléments visuels par une approche plus psychologique de la biographie pour en extraire des éléments de caractère qui, à terme, permettent d'affiner la personnalité de la sculpture. Vient ensuite la phase des croquis et très rapidement l'ébauche de la réalisation en terre. Travail de longue haleine, qui se précise, semaine après semaine, et finit par s'imposer petit à petit au fil des mois comme un dialogue d'individu à individu. Les bustes en terre servent ensuite de prototypes. Des moules en silicone et coque de résine sont fabriqués pour permettre la réalisation de moulages en plâtre qui seront de nouveau travaillés pour affiner les détails. Ils sont ensuite envoyés dans une fonderie en Lorraine pour la réalisation des tirages définitifs en bronze.
Un député...
René Jadfard est né à Cayenne en 1899, il y meurt en 1947. Homme politique, il fut député de la Guyane pendant cinq mois, de juin 1947 à sa mort, dans un accident d'avion, en novembre de la même année. Écrivain, il est l'auteur de nombreux ouvrages dont Les Dieux de bronze publié en 1928 ou encore Les Revendications coloniales et l'avenir de la France paru en 1939.
... et un médecin
Bertène Juminer est né en 1927 à Cayenne et mort en Guadeloupe en 2003. Médecin de formation, il prend part à l'organisation de l'UFR de médecine de l'Université des Antilles et de la Guyane dans les années 1980 pour ne parler que de son oeuvre dans les Outremer. Militant, il se bat pour la reconnaissance de la langue créole. Il est l'un des premiers à parler de « réparations » . Écrivain, il est l'auteur d'un roman autobiographique, Les Bâtards, où il raconte son expérience de la France en tant qu'étudiant guyanais. Il reçoit en 1981 le prix littéraire des Caraïbes.
3 QUESTIONS À ... Françoise James-Ousenie, directrice des affaires culturelles à la mairie de Cayenne : « Susciter l'intérêt des plus jeunes »
La mairie de Cayenne inaugure lundi les bustes de René Jadfard et celui de Bertène Juminer. Qu'est-ce qui a motivé le choix de ces deux grands hommes ?
Il s'agissait pour Mme le maire de mettre en lumière d'éminents écrivains et poètes guyanais à l'intention du grand public. Le pari était que leur seule présence contribue pleinement à faire mieux apprécier l'histoire des grands hommes de ce pays. Susciter chez les plus jeunes un intérêt pour la découverte de leurs écrits et une vocation salvatrice pour l'écriture. Ceci, avec la volonté de contribuer à valoriser cet art, qui est encore trop peu considéré dans notre région. La volonté politique pour la production, la considération et le développement de la littérature n'apparaît que peu dans le paysage culturel guyanais. Elle n'est malheureusement pas considérée, ni encouragée à la juste valeur de ce qu'elle peut favoriser chez l'individu. Par conséquent, il était important pour la ville de Cayenne de commencer par nos grands hommes de la littérature pour, ensuite, honorer d'autres illustres personnages de Guyane.
Claude Cauquil est l'auteur des bustes de René Jadfard et Bertène Juminer ainsi que ceux de Léon-Gontran Damas et René Maran. Comment s'est fait le choix du sculpteur ?
En fait, il a été question pour les quatre bustes d'appels d'offres comme le prévoit la loi. Claude Cauquil a toujours été l'unique artiste à répondre aux appels à projets. Nous aurions bien préféré honorer, par là-même, un artiste de Guyane. Mais les règles de procédures d'appels d'offres sont strictes et sujettes à tellement d'interférences judiciaires, qu'il vaut mieux les respecter scrupuleusement.
Qui seront les prochains grands hommes à l'honneur ?
La littérature ayant été largement représentée, Mme le Maire pense à valoriser d'autres arts ou sciences, toujours avec comme leitmotiv la valorisation des grands personnages guyanais, afin que la population connaisse l'histoire de ce pays, s'intéresse et participe à sa construction et à son élévation.
Propos recueillis par M. A.

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3 commentaires

Vos commentaires

Paassy 13.10.2018
Le FN est au pouvoir en Guyane

Ce n'est pas la Guyane qui s'enferme, mais la communauté créole. La mairie de Cayenne illustre parfaitement cela. Depuis l'arrivée de Phinera, la mairie est devenue le repaire d'enragés qui y exerce une dictature idéologique sans aucun contrôle de la part de l'édile.
On y glorifie uniquement les personnalités créoles. Le but étant de s'approprier, au détriment des autres communautés dont les amérindiens, la seule légitimité sur le destin politique et culturel de la Guyane.
Françoise James-Ousénie, la DAC de Cayenne, est administrateur de plusieurs groupes sur les réseaux sociaux où l'on s'applique à lever la haine et le populisme.

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PEFL 12.10.2018
Fermeture au monde

Plus le temps passe et plus la Guyane s'enferme dans l'auto célébration des morts et même des vivants, tel le prof la semaine dernière qui a inauguré sa propre statue. Et encore si ces célébrations étaient le fait de la société civile, mais non même pas, c'est le politique local qui est le plus souvent à la manœuvre comme ici avec ces commandes publiques.

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kiki973 12.10.2018
C'est maheureusement vrai

J'ai découvert en Guyane que l'on pouvait avoir son nom pour un Lycéen pour une école avant sa mort ! Vive les morts vivants et ce pays de Zombies... tourne sur lui-même §
Sectarisme ou racisme ? Combien de H'Mong ont donné leur nom à des place de marché ? Ils nourrissent à 90 % les guyanais en produits locaux ; mais ils sont jaunes !

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