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VENDREDI CULTURE

« Nous sommes à l'ère de la musique fast-food »

Propos recueillis par Pierre ROSSOVICH Vendredi 29 juin 2018
« Nous sommes à l'ère de la musique fast-food »
« Dans l'ensemble, notre jeunesse est méritante et me donne de l'espoir. On voit les 20% qui n'ont pas réussit à s'intégrer dans le système, on ne voit pas les 80% qui réussissent (RNG)

Le vétéran Nikko présente son nouveau titre « Fè'l » aux lecteurs de France-Guyane et répond aux questions qui occupent la société guyanaise.

Nikko, vous présentez votre nouveau titre : « Fè'l » . Quel en est le message ?
« Fè li » , comme « fais le » . C'est un titre qui s'adresse à tout le monde. Une de mes préoccupations en tant qu'artiste est de faire progresser notre jeunesse. J'utilise la musique comme vecteur pour faire passer des messages positifs et les tirer vers le haut. « Fè'l » est un morceau dancehall composé par Thierry « Pyroman Debel » . Le dancehall est une musique assez stigmatisée, et c'est une façon de montrer qu'il n'y pas que du négatif. Souvent, les chercheurs s'attachent aux mauvais exemples en reliant toujours le dancehall à des textes homophobes ou sexistes. On oublie vite qu'il existe des artistes et des textes conscients depuis longtemps.
Vous avez d'ailleurs été un précurseur du dancehall guyanais avec « Guyana Nice » sorti en 1993. À l'époque, on appelait ça du ragga...
Ce qui fait la force de cette musique, c'est qu'elle est moderne et qu'elle le reste, c'est pour cela que les jeunes l'aiment. Les Jamaïquains ont toujours été influencés par les États-Unis. Le reggae a ainsi évolué avec l'arrivée du hip-hop dans les années 80. Ça a fait un boom qui a résonné dans toute la Caraïbe. Cela a donné le ragga. Avant moi, le ragga marchait déjà en Guyane avec des artistes comme Yellowman. On ne peut pas vraiment dire qui a été le premier à en faire en Guyane. Les premiers titres ragga guyanais dont je me souviens sont « Amedé » de Gabrielle Ayné (1), et « Bon dolo » de Viviane Emigré (2). « Guyana Nice » a été enregistré en Jamaïque. C'est un titre qui a marché partout.
« Fè'l » annonce-t-il un nouveau projet ?
Oui, quelques nouvelles chansons sont déjà sorties en single : « Bad Boy » , « Pran to pozisyon » ... J'espère bien faire un album. Les temps font que l'on est plus emmené à sortir des singles et à les compiler sur un album plutôt que de sortir un album de but en blanc.
C'est une bonne nouvelle car vous vouliez vous arrêter ?
Oui, j'ai eu des musiciens qui sont partis dans l'Hexagone et qui sont depuis rentrés en Guyane. J'avoue que la période est quand même difficile en ce moment. On a de moins en moins d'espace pour se produire. Il est difficile de trouver des concerts. Est-ce parce qu'il y a de plus en plus d'artistes ou parce que la manière de consommer la musique a changé ? En tout cas, on essaie d'être flexible et de ne pas être bloquer sur une façon d'exprimer la musique. On s'adapte au contexte. Je privilégie quand même le live.
Vous évoquez ici l'avènement du téléchargement légal et du streaming ?
L'informatique a révolutionné le monde et aussi le monde de la musique : la façon de la produire et de la consommer. On peut maintenant condenser un studio dans un ordinateur et enregistrer un artiste n'importe où. Il y a donc de plus en plus de productions. Après la qualité, c'est un autre débat... La mise à disposition de la musique a aussi changé. Avant, il fallait passer par des canaux comme la radio ou le disque. Maintenant, les jeunes ont leur propre média comme YouTube. Nous sommes à l'ère de la musique fast-food. Il faut beaucoup produire, car les gens la consomment vite. Il faut en être conscient. Je m'aperçois qu'il y a de moins en moins d'« anthem » (ndlr : classiques). La richesse des textes passe à la trappe.
Le visuel est également devenu incontournable
Le monde évolue. Ce n'est pas négatif. Avant, lorsque l'on produisait un album, on mettait 60% du budget sur la production musicale et 40% sur la promotion. Les clips sont arrivés en force dans les années 90. À l'époque, ils coûtaient extrêmement chers. Maintenant, on met 60 à 70% du budget dans la communication et le reste sur le contenu. C'est partout pareil. C'est pareil pour la politique : le contenant compte plus que le contenu. Aujourd'hui il faut pratiquement sortir un clip par chanson. Les outils de communication ont pris le pas sur les outils de production. Les yeux de ceux qui consomment la musique sont de plus en plus éduqués. Avec la télévision, les jeunes sont branchés sur tout ce qui passe. Le mental est habitué à une certaine qualité.
Quelle est l'influence de la musique sur son auditeur ?
Les gens prennent ce qu'ils ont envie de prendre. La musique peut servir de repères. Moi ce sont les textes de Bob Marley qui m'ont mis dans le reggae. Je me suis retrouvé dedans en tant que Guyanais. Cela m'a donc influencé. C'est comme au supermarché, tu as du jus, de l'alcool... tu fais ton choix. On choisit vers quoi on va. Seuls les poissons morts suivent les courants. Il y a eu le gangsta rap, il y a maintenant le gangsta dancehall.
Quelles solutions pour contrer l'insécurité ?
La réflexion doit être menée au niveau socio-ethnologique. Ce n'est pas en construisant plus de prisons qu'on va freiner la violence. On doit se concentrer dès la petite enfance sur ces phénomènes pour les enrayer. On n'échappe pas à la mondialisation. Les hommes sont de plus en plus attirés par l'appât du gain. Les mouvements sociaux ont permis un réveil à ce niveau.
Pour l'artiste Nikko, la musique est un produit de consommation banalisé. « C'est comme au supermarché, tu as du jus, de l'alcool... tu fais ton choix. » (Ramon Ngwete)
On entend dire que les mouvements sociaux de 2017 n'ont « servi à rien » . Quel est votre avis ?
La vie est faite de petits pas. Il faut continuer dans ce sens là. Nous avons quand même une jeunesse positive, travailleuse, dynamique. Souvent on la stigmatise car on a quelques mauvais éléments. Mais dans l'ensemble, notre jeunesse est méritante et me donne de l'espoir. On voit les 20% qui n'ont pas réussit à s'intégrer dans le système, on ne voit pas les 80% qui réussissent. Et puis il faut sortir du carcan législatif. La législation française ne correspond pas à la réalité du terrain guyanais. Par exemple : On a deux réserves situées sur des zones de vie à Awala et à Kaw. On a voulu empêché aux habitants de Kaw de couper le moucou-moucou, car on ne peut rien prélever dans une réserve. Or, traditionnellement à la saison sèche les habitants de Kaw coupent et brûlent le moucou-moucou. Finalement, on s'est aperçu que c'est eux qui avaient raison. On est désormais envahis de moucou-moucou et on ne peut plus circuler...
Qu'allez-vous faire durant les grandes vacances ?
Je bouge beaucoup dans l'année donc ce seront des vacances guyano-guyanaises. Je vais faire du tourisme local. Je vais aller me ressourcer à Mana comme chaque année. De là, on rayonne : on va pique-niquer à la crique Crevette, passer une journée à Organabo, une autre à Awala, aller au marché de Saint-Laurent... Je conseille aux lecteurs de France-Guyane le site de Simili (ndlr : courbaril en langue amérindienne, appelé « caca-chien » en créole) géré par la commune d'Awala-Yalimapo. Des bungalows tout confort au bord de mer. Le temps s'y arrête.
Quel est votre coup de coeur du moment ?
Tous nos sportifs qui réussissent et qui reviennent faire des formations au pays comme Kévin Séraphin et Béatrice Edwige. Je trouve cela remarquable.
(1) Gabrielle Ayné et Doubout (1989) produit par K'DIS Guyane, enregistré à Sun Studio.
(2) Viviane Émigré « Bon dolo » (1990) produit par Dany Play pour TDM production, enregistré à Sun Studio

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