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VENDREDI CULTURE

Quèquette prêt pour les Lindor!

Propos recueillis par Pierre ROSSOVICH Vendredi 28 septembre 2018
Quèquette prêt pour les Lindor!
Le « président à vie » des Blue Stars sera en représentation sur la scène du Zéphyr, demain, pour les Lindor 2018 de la Musique Guyanaise. Il est nommé dans les catégories Succès carnaval et Chanson guyanaise de l'année (PR)

Avec 50 ans de musique derrière lui, Victor Clet dit Quèquette est toujours aussi populaire chez lui en Guyane. Alors qu'il se produira demain sur la scène des Lindor, « Sa Majesté » répond à toutes nos questions.

Les Blue Stars fêteront leurs 50 ans en 2019. Comment étaient les débuts ?
Les Blue Stars ont pris naissance en 1969, rue Lieutenant-Becker à Cayenne. À l'époque, nous n'avions pas de nom. Les gens nous appelaient Les Minables! Quelques mois après, dans un magasin, on tombe sur une guitare de la marque Blue Star. Le nom était trouvé. Nous avons ensuite crée l'association dont je suis, comme Bokassa, le président à vie! (rires). Je suis le seul du groupe à ne l'avoir jamais quitté depuis 1969. Yves Nugent est toujours là aussi, après avoir passé quelques années en métropole. Moi, je suis toujours resté en Guyane, mon pays que j'aime malgré les inconvénients, comme je le chante dans mon dernier album avec le titre A mo koté.
Qu'est ce qui vous motive encore à faire de la musique ?
Je crois que ma mission sur terre est de partager ma musique. On va dire que je m'envoies des fleurs, mais lorsque j'anime un vidé, tout le monde est content. J'ai une voix qui arrive à dominer le public.
Quelle est votre meilleur souvenir de l'aventure Blue Stars ?
Oh la la, il y en a beaucoup. Je me souviens de notre première prestation à Bourda, dans un restaurant qui s'appelait le Beau rivage. Lorsque nous sommes revenus le lendemain, tous nos instruments étaient cassés, déchirés... En 1969, les instruments n'étaient pas faciles à avoir. Heureusement, les familles Chong-Wa et Beaudin nous ont bien aidés à cette époque. Et puis une anecdote : en 1969, j'était un petit peu turbulent! J'envoyais les gens balader, j'avais tout le temps raison... Il y a alors eu une réunion dans mon dos pour me licencier des Blue Stars! Mais la maman de Chong-Wa a dit que s'ils me mettaient dehors, il n'y aurait plus de répétitions chez elle, alors qu'il y avait deux de ses fils dans le groupe! Aujourd'hui, c'est moi qui tient les Blue Stars. La personne qu'on a voulu limoger.
Quelle différence faites-vous entre popularité et talent ?
Les deux vont de pair. Où que j'aille, on vient me saluer. Cela a ses avantages, je passe partout, et ses inconvénients, je n'ai pas de vie privée. Mon épouse le comprend. La musique m'a fait connaître beaucoup de monde et m'a emmené très loin. Madagascar, l'île de La Réunion... Mais quand je vais au restaurant, j'aimerais avoir un peu d'intimité. Bon, je ne peux pas dire que je n'aime pas ça! La gloire est ingrate. Aujourd'hui, on t'aime et demain, personne ne veut te voir.
Victor Clet, alias Quèquette, incarne la légende des Blue Stars. Pourtant, il a failli être évincé du groupe en 1969 à cause de son impulsivité (photo d'archives)
Comment jugez-vous l'évolution de la musique guyanaise ?
La musique a évoluée. Elle est devenue plus abordable et peut facilement faire le tour du monde. Nous avons travaillé pour cela. À nos débuts en 1969, on interprétait uniquement. Il n'y avait pas de compositions. Aujourd'hui je ne chante que mes compositions. Pour réaliser un disque à l'époque, il fallait compter 20 millions d'anciens francs (environ 30 000 euros, ndlr). Maintenant, avec 5 000 euros, c'est faisable. On a égalément mené un grand combat contre les radios, ici, en Guyane, qui ne jouent pas le jeu du tout. Enfin, ce que je regrette, c'est que lorsque je vais dans un anniversaire brésilien ou haïtien, je n'entends aucune musique guyanaise, rien de local. C'est dommage.
Mais je ne veux pas être trop chauvin.
Parmi votre répertoire, quel est votre titre préféré ?
J'ai environ 130 compositions dans mon répertoire. Il n'y en a pas une que je préfère plus qu'une autre. Je les aime toutes. Le public lui aime beaucoup le vidé. Il suffit que je commence à chanter « Lò Quèquette rivé tout moun yan kontan » et tout le monde est en l'air.
Vous serez demain soir sur la scène des Lindor, quel regard portez-vous sur cette cérémonie ?
J'ai eu l'occasion d'avoir plusieurs Lindor. Je les donne à mes enfants pour leur faire plaisir. C'est une bonne cérémonie. Mais je suis contre qu'un artiste remporte cinq ou six trophées d'un coup. Ça aurait été mieux de donner un Lindor à chacun. Cela fait plaisir d'être nommé. Je me souviens que Manu Dibango était venu pour les Lindor. Il avait parlé de moi comme d'une « bête de scène » .
Votre titre L'inconnue est nommé à la fois dans la catégorie Succès carnaval et Chanson guyanaise de l'année
Je vais interpréter ce titre que j'ai travaillé avec mon ami Daniel Alexandre au clavier. La première fois qu'on l'a interprété en live c'était à la ferme Zulémaro pour le premier vendredi du carnaval. Les gens ont demandé à bisser! Partout où on la joue, c'est un succès. Peu importe qui remporte ce Lindor. Ma joie sera partagée avec Roméo (Leter, ndlr), Ti Coco, les Karnivor etc.
Vous avez l'image d'un chanteur léger alors que votre chanson Lagwiyann lévé a été l'hymne des mouvements sociaux, jusqu'à lundi soir, rue Madame-Payé
C'est Monsieur Stephenson qui a composé cette chanson. J'ai eu l'occasion de l'entendre la chanter une fois. Je lui ai demandé de pouvoir l'enregistrer. Jusqu'à présent elle est chantée dans les manifestations. Je n'étais pas à la rue Madame-
Payé, lundi soir. J'ai vu des vidéos. Je m'y attendais. Les gens en ont vraiment marre de tout ce qu'il se passe ici. Les paroles de la chanson sont véridiques. Avec Rémy Aubert, nous avions composé une chanson qui s'appelle Qui sauvera la Guyane il y a vingt-cinq ans de cela. On parlait déjà de tous les problèmes qu'il y a aujourd'hui. Nos frontières sont des passoires, nos routes sont des cimetières...
Vous comprenez l'exaspération de la population ?
C'est normal. On a trop laissé faire. À l'époque, j'ai vu les gens s'installer à Cogneau par navette. Ils ont abandonné le pays. Un de ces jours, ça va mal se terminer. Je ne le souhaite pas. Tu ne peux pas rentrer dans ma maison et avoir raison! J'ai été cambriolé sept fois malgré les grilles que l'on doit mettre partout. La justice en Guyane est trop légère. Ce sera dur de redresser la barre.
Malgré tout, vous restez en Guyane
Au mois de mai je suis parti en métropole. J'étais à deux doigts de m'installer la-bas. Et puis j'ai réfléchi. J'ai douze enfants, et tout ce que j'ai, je leur laisserait. Mais je vois que rien n'avance. J'ai 66 ans, la route de l'aéroport Félix-Éboué n'est toujours pas éclairée... On construit des écoles, mais ça ne suffit pas, le pays n'est pas développé. Je n'incrimine pas nos élus. Je dis que la France ne développe pas la Guyane. Si elle voulait le faire elle l'aurait déjà fait. Rien n'avance et j'ai peur qu'un jour ça pète vraiment.
Quel est votre coup de coeur ou coup de gueule du moment ?
On vit bien ici. Je demande à tous ceux qui viennent chercher une vie meilleure en Guyane de respecter le pays. Quand moi je vais dans un autre pays, je respecte. En tout cas, j'aime mon pays et je demande à être enterré ici.
Un dernier mot ?
Venez nous soutenir aux Lindor. C'est pour vous que les artistes travaillent.
Lindor Musique Guyane 2018, samedi à 20h30, au Zephyr de Cayenne.

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