France-Antilles et ses partenaires utilisent des cookies pour le fonctionnement de leurs services, réaliser des statistiques d’audience, proposer des contenus et publicités personnalisés. En utilisant ce site, vous consentez à cette utilisation. En savoir + et gérer ces paramètres. OK
  • Partager cet article sur Facebook
  • Partager cet article sur Twitter
  • Partager cet article sur LinkedIn
  • S'abonner aux flux RSS de France-Antilles.fr

Cimetière d'Estrées : quatre stèles créoles incontournables

Eugène ÉPAILLY Mercredi 31 octobre 2018
Cimetière d'Estrées : quatre stèles créoles incontournables
(Eugène ÉPAILLY)

Le cimetière historique de la ville de Cayenne est un tableau séquentielle de l'histoire de la fondation de la ville, puis de la transformation de notre société créole Nous ne le répéterons jamais assez Ce lieu doit devenir le marqueur et la vigie incontournable d'une société que l'on dit en perdition À qui la faute ? Cheminement rapide autour de quelques tombes choisies au hasard et qui méritent une halte rétrospective, sortant des entiers battus.

La famille mulâtre : Ceïde
La tombe, située à droite de l'entrée principale du cimetière, est surmontée de trois stèles en forme trinitaire. L'épitaphe est occupée par les noms des principaux membres de la famille. Atipa, n'a pas tort de l'associer à Vitalo, il connaît parfaitement le microcosme social créole de Cayenne. Le fondateur de la lignée se prénomme Jean-Baptiste. Il achète l'habitation Loyola peu après l'abolition de l'esclavage. Son épouse, Marie-Catherine Ozirine Sylvain, « propriétaire » , « ne sachant ni lire, ni signer » , demeure à Cayenne, rue de Provence, au n°32. Mme veuve Ceïde mourra le 2 juin 1873, l'année de la découverte de l'or du Courcibo sur le Sinnamary et opérée par les frères de Théophile Vitalo. Elle laissera comme héritiers : Aristide Paul Emile (mort en 1884), Alexis Théodore (mort en 1883 à Paris) et le troisième, Adonis. Les actions de la Compagnie d'Approuague, qu'ils reçoivent en héritage, contribuent à mettre leurs pieds à l'étrier du monde aurifère. Alexis Théodore, dès le 5 décembre 1872, est dans le secteur de la rivière Courcibo. Cette famille sera si puissante qu'elle introduira en Guyane les premières machines à laver le linge, à Baduel, possédera des mines d'or jusqu'au Guyana, et, enfin, sera propriétaire d'un na vire à vapeur allant commercer jusqu'aux portes de la Caraïbe. Aucune rue de notre pays ne porte le moindre prénom et le moindre patronyme de cette grande famille. Restent seulement les « Galeries des 3 fontaines » , leur ancienne maison de commerce ; la maison Ceïde, face à la maison Benjamin, autres chercheurs d'or et fondateurs du Placer Kokioko sur la Mana en 1893.
Théophile Archange Vitalo : l'esclave qui a escroqué ses deux frères
(Eugène ÉPAILLY)
Né esclave, Théophile Archange Vitalo - passera du prénom d'Archange en 1848 au nom de Labonté ou Labeauté de sa mère, puis Vitalo de son père qui le reconnaît tardivement après son mariage. Chercheur d'or, il escroque ses deux frères, Élie (Saint-Élie) et Auguste (Saint-Auguste). Il saisit leur découverte de la crique Pactole en 1873 pour s'en approprier en déposant un permis minier d'exploitation et y implantant sa société : Vitalo et Compagnie. Il achètera des parcelles de l'habitation Montabo. Il y fera couler son or : La Coulée d'or. Et plantera 4 ha de canne à sucre sur les terrains de l'actuel lycée Melkior-et-Garré. Il y implantera une distillerie-sucrerie et 1 km de voie ferrée « Decauville » pour acheminer plus rapidement ses « roseaux » à l'usine. Il est sur la nationale n°1, près de la cité Grant. Le gouverneur lui demandera de les faire enlever. Il achètera des plantations de canne sur le canal Torcy, à La Levée, à la Madeleine, des maisons et encore des maisons... Dix-sept bâtisses à Cayenne dont neuf que le fisc ne pourra lui reprendre. Il financera la boulangerie Anatole du centre de Cayenne en prêtant de l'argent au propriétaire à 5% l'an. Il achètera un immeuble de plusieurs étages dans la rue de la Pérouse dans le XVIIe arrondissement de Paris. Prendra soins de ses maîtresses, reconnaissant parfois ses enfants hors mariage. Il est mort en 1895 à Paris. Son corps, ramené en Guyane, repose dans un superbe caveau couvert de marbre surmonté de colonnes à la manière de la Grèce antique. Il ne savait ni lire ni écrire. « Il était sorti des entrailles de la terre » , il est mort au firmament de la fortune : homme le plus riche de la colonie de Guyane. Il était « Noir » ! Quel culot, mon Dieu!
Justinien Dorlin, un chercheur d'or au service du précieux métal
Justinien Dorlin qui, peut-être, se cache derrière le toponyme « Lindor » (le parc), est un chercheur d'or. Il commence sa carrière sur le fleuve Approuague dans le secteur de la crique Aicoupaye ; près de la fameuse Grande Usine autour de laquelle une bataille judiciaire opposa ce Guyanais aux pouvoirs publics. En 1883, il est associé sur deux placers du Sinnamary. Il est aux côtés des mulâtres Ceïde et son frère Jérémie Dorlin, sur le Sinnamary. Il passera sur le bassin de la Mana et travaillera, déjà comme directeur, sur le Placer Enfin fondé en 1884. Son épouse, née Jobiensi, meurt à Mana, le 5 mars 1891, pendant qu'il exerce son métier de directeur de placer. Il passera sur les rives du Maroni en étant de nouveau directeur du placer Enfin, au lieu-dit Dorlin. Il mourra à Cayenne. Son nom est passé dans la culture géographique régionale, car c'est probablement lui qui a découvert le gisement d'or qui porte son nom. C'est une région toujours agitée et qui continue de fournir de l'or qui ne s'arrête pas ou peu à Cayenne comme autrefois. Nous savons qu'il acheta l'habitation Providence aux portes de Rémire ; peut-être, est-ce désormais « Le Parc Lindor ? Sa stèle est parallèle au boulevard Mandela.
Victor Hugues : homme de main qui a aboli l'esclavage aux Antilles et l'a rétabli en Guyane!
(Eugène ÉPAILLY)
La tombe en marbre qui conserve la sépulture de Victor Hugues fait partie des joyaux les mieux conservés du cimetière de Cayenne. Depuis des décennies, les visiteurs tentent de savoir qui sont les descendants créoles de cet homme.
Chaque année, lors de la Toussaint, sa tombe en marbre pure de Carrare est fleurie par une main anonyme que nul ne voit, nul n'aperçoit. C'est une sépulture nappée de mystère! Il est né à Marseille, vit comme planteur et propriétaire d'esclaves en Haïti. Il se retrouve en Guadeloupe au service de la France où il lutte contre les Anglais. Il y abolit l'esclavage en 1794. Il s'y marie avec la fille d'un planteur en imposant le travail obligatoire aux anciens esclaves pour ne pas porter atteinte à la richesse des anciens maîtres. Replongé dans l'anonymat en 1799, il regagne la France pour une courte pose. De nouvelles opportunités économiques et politiques se présentent, alors il pose son baluchon sur nos côtes. Le 18 janvier 1804, devenu homme de main du pouvoir de la Métropole, il est chargé de rétablir l'esclavage sur les ordres de Napoléon Bonaparte. Il impose la même violence aux « negs novs » en établissant le travail obligatoire. Tant pis pour ceux qui ne pouvaient justifier de leur liberté officielle. Chaque Noir devait courir dans ses archives pour trouver son acte d'affranchissement. Autant dire que ce fut chose impossible pour tous ceux qui ne voyaient pas la différence entre un morceau de papier et une liberté naturelle de fait. Aux récalcitrants, il ne restait que la lutte sur les habitations ou dans l'intérieur de la Guyane. Ce qui fut fait! Là, prirent fin les pouvoirs coloniaux de Victor Hugues. En 1809, rendu à la raison par les troupes portugaises venue du Brésil et aidées par les esclaves révoltés du canal Torcy, à qui l'on avait promis la liberté pour la seconde fois en moins de dix ans, il capitule en moins de vingt-quatre heures. Ils en profitent pour brûler son habitation sucrière et mettre le feu à ses ou leurs champs de canne à sucre. Il revient en Guyane après le départ des Portugais où il vivra sous la surveillance du nouveau pouvoir colonial local. Étrange encore que les survivants de ses méthodes l'aient laissé continuer à couler des jours tranquilles au milieu de ses victimes et de leurs descendants ; eux, si prompts à utiliser des méthodes radicales tirées des plantes médicinales du pays, en d'autres circonstances. « Autre temps, autre moeurs! »

Pour transmettre un commentaire, merci de vous identifier (ou de vous inscrire en 2min)

Mot de passe oublié?
Inscription express
1 commentaire

Vos commentaires

loulou973 04.11.2018
Excellent

Enfin un article qui tire la connaissance vers le haut, merci. A réitérer...

Répondre Signaler au modérateur
L'info en continu
1/3