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Me patrick lingibé

« La liberté exige de l’avocat des combats quotidiens »

Jeudi 21 mars 2019
« La liberté exige de l’avocat  des combats quotidiens »
Présent remis par le bâtonnier Mehmet Durakoglu au vice président de la Conférence des bâtonniers pour l'action et le soutien au barreau de Turquie et aux  avocats turques. - BERNARD DORDONNE

Le bâtonnier, avocat au barreau de la Guyane, a effectué une mission en Turquie avec trois autres avocats français pour défendre 18 avocats turcs. Il explique pourquoi exercer la profession d’avocat est devenu risqué. Il considère qu'il n’y pas d’avocat sans liberté ni de liberté sans avocat.

Vous, l’avocat guyanais, vice-président de la Conférence des bâtonniers de France, avez effectué une mission en Turquie avec trois autres avocats français, pour défendre dix-huit avocats turcs poursuivis. Comment s’est passé le procès ?

Je me suis déplacé pour représenter la Conférence des bâtonniers de France. L’objectif était de marquer notre soutien aux combats que mènent les avocats turcs. En effet, les libertés et les droits ne cessent de reculer en Turquie depuis la tentative de coup d’État. Exercer la profession d’avocat est devenu risqué aujourd’hui en Turquie. J’ai résumé la situation actuelle en énonçant un phrase de Jacques Prévert : « Quand la vérité n’est pas libre, la liberté n’est pas vraie. »

Sur ce point, je pense que les avocats, tout comme les journalistes, sont les vigies d’une démocratie, les baromètres qui permettent d’apprécier de manière concrète la réalité du fait démocratique dans une société. Ainsi, lorsque les avocats ne peuvent plus défendre des clients sans être inquiétés, que les journalistes ne peuvent plus publier librement et éveiller l’opinion publique, que les magistrats ne peuvent plus juger en toute indépendance et conformément au droit et qu’enfin les universitaires ne peuvent plus dispenser librement leurs cours en toute liberté de ton et d’esprit, c’est que la démocratie n’existe pas concrètement. L’État de droit n’existe en réalité qu’avec ce que l’on appelle les corps intermédiaires, lesquels ont une place sociétale d’autant plus importante qu’ils ne sont pas là pour plaire à l’opinion publique, souvent enivrée par les discours de circonstance.

Le bâtonnier d’Istanbul Mehmet Durakoglu m’a expliqué la situation que traversait son pays et le recul des libertés. J’ai été offensif dans ma réponse car je pense que la liberté exige de l’avocat des combats quotidiens , c’est même un devoir par nature de l’avocat : il n’y pas d’avocat sans liberté et de liberté sans avocat. Je lui ai indiqué qu’il pouvait donc compter sur la Conférence des bâtonniers de France et sur mon soutien personnel indéfectible aux actions et aux combats qu’il conduit pour permettre aux avocats turcs d’exercer et de défendre librement qui que ce soit. Les avocats turcs nous donnent une leçon de courage, étant précisé qu’ils peuvent être arrêtés à tout moment pour des motifs des plus futiles.

Quelle est la différence entre le barreau d’Istanbul en Turquie et celui de la Guyane ?

Le barreau d’Istanbul, par sa taille, est l’un des barreaux les plus importants du monde en nombre d’avocats. Son organisation et son poids en font un barreau de référence au niveau mondial. Au-delà de sa taille, il se trouve que la Turquie, en tant que membre du Conseil de l’Europe, est liée par les dispositions de la Convention européenne des droits de l’Homme. Donc, même si le droit turc est différent du droit français, ce texte est partagé par les deux barreaux d’Istanbul et de Guyane, tout comme avec tous les barreaux des États-membres du Conseil de l’Europe. Le bâtonnier d’Istanbul a un rôle d’autant plus difficile que les autorités turques ne se considèrent pas tenues par les arrêts rendus par la Cour européenne des droits de l’Homme sanctionnant ce pays pour l’atteinte à des droits fondamentaux garantis par la Convention européenne. C’est donc avec grande combativité que je retournerai en Turquie pour être à ses côtés et aux côtés de mes confrères turcs poursuivis.

Vous êtes titulaire de la délégation Outre-mer créée par le bureau de la Conférence des bâtonniers. À quoi servira cette délégation ?

La Conférence des bâtonniers de France a modifié son organisation en créant deux délégations générales : une délégation Europe et une délégation Outre-Mer. La création de cette délégation Outre-Mer marque surtout la volonté que les problématiques des barreaux d’Outre-mer soient visibles et perceptibles au niveau national. Je suis en charge de cette délégation et mon poste de vice-présent me permet d’intervenir pour l’Outre-mer dans tout domaine qui serait nécessaire au niveau de la Conférence des bâtonniers. C’est d’ailleurs à ce titre et dans ce cadre que j’organiserai à Paris une réunion sur la justice Outre-mer avec différentes administrations, l’objectif étant d’apporter une réponse idoine aux problèmes de justice se posant dans chacun des sept territoires ultramarins disposant d’un barreau.

Pourquoi avez-vous demandé de signer une pétition pour faire libérer l’avocate iranienne Nasrin Sotoudeh ?

Je serai aux côtés de tout avocat qui sera poursuivi pour exercer son métier de défenseur dans son pays. Le combat de ma consœur Nasrin Sotoudeh est celui de la liberté d’exercer pour tout avocat et de défendre toute personne et toute cause sans pouvoir être inquiété à aucun titre et par quelque autorité que ce soit. De plus, elle a été condamnée pour avoir défendu la dignité des femmes iraniennes. Il faut savoir qu’elle a été condamnée à trente-trois ans de prison et à 148 coups de fouet. C’est ignoble et je n’accepte pas que des personnes soient poursuivies parce qu’elles ont pour seul tort de défendre des femmes discriminées en raison notamment de leur sexe. Il n’y a pas d’État de droit et de démocratie sans défense libre de la part de l’avocat. Le combat pour la libération de Nasrin Sotoudeh est donc le nôtre car il incarne d’abord et avant tout cette liberté. Nous aurions tort de penser que ce qui se passe en Turquie ou en Iran ou ailleurs ne nous concerne pas. La liberté ne connaît pas de frontières et les atteintes qui lui sont portées ont tendance à s’exporter. S’il y a nécessité, je n’hésiterai à me déplacer en délégation pour défendre la cause et la liberté de Nasrin Sotoudeh dans son pays, quels que soient les risques encourus. Le combat pour porter la lumière de la liberté exige de nous, en certaines circonstances, d’aller au-delà de notre confort, pour ravir cette liberté piétinée et étouffée.

Propos recueillis par Bernard DORDONNE

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1 commentaire

Vos commentaires

Stefmont 21.03.2019
La liberte exige de l avocat des combats quotidiens

Comme maitre lingibe a raison et comme son discours est magnifique...!! Il a bien raison : la liberté ne devrait pas avoir de frontière et je trouve extrèmement louable le fait qu il s engage à aller defendre des avocats menacés dans leur pays pour vouloir eux mêmes défendre la Liberté et les Droits de l Homme.

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